À l’occasion de la 8ème Édition de la Journée Internationale de l’Éducation, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun souligne le potentiel transformateur de la jeunesse dans la refonte du système éducatif, tout en alertant sur les obstacles structurels et conjoncturels qui entravent son plein épanouissement et l’accès équitable à un enseignement de qualité. La Commission salue le thème retenu pour 2026 par l’UNESCO, « Le pouvoir de la jeunesse dans la cocréation de l’éducation », le considérant comme une invitation à repenser les paradigmes pédagogiques et à placer les apprenants au cœur des décisions qui façonnent leur avenir.

Dans un contexte national où le secteur éducatif camerounais est confronté à une multitude de défis, qu’ils soient d’ordre structurel ou conjoncturel, le rôle de la jeunesse apparaît plus que jamais central. La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun a tenu à rappeler l’importance capitale de cette édition de la Journée Internationale de l’Éducation, réitérant son engagement à promouvoir et protéger le droit fondamental à l’éducation pour tous. Ce droit, pilier du développement humain et sociétal, trouve dans la jeunesse son principal bénéficiaire et, potentiellement, son moteur de transformation le plus puissant. Le thème choisi par l’UNESCO pour 2026, « Le pouvoir de la jeunesse dans la cocréation de l’éducation », résonne particulièrement avec les réalités et les aspirations du Cameroun. Il invite à reconnaître la jeunesse non pas comme un simple destinataire de l’éducation, mais comme un partenaire actif et indispensable dans son élaboration, sa mise en œuvre et son évaluation.
Cependant, cette vision optimiste se heurte à des réalités préoccupantes. La Commission s’inquiète profondément de l’état actuel des infrastructures éducatives à travers les dix régions du pays. Le constat est sans appel : le défaut, la vétusté, et le mauvais entretien des salles de classe, des laboratoires et des aires de jeu limitent considérablement la qualité de l’enseignement dispensé. Ces infrastructures, souvent inadaptées et peu innovantes, ne répondent ni aux normes actuelles ni aux besoins d’un apprentissage moderne. Cette situation affecte aussi bien les centres urbains que les zones rurales reculées, creusant ainsi les inégalités d’accès à une éducation digne. À cela s’ajoute le problème lancinant de la lenteur de la prise en compte des avancées scientifiques et technologiques, ainsi que la mise à disposition tardive du paquet minimum d’équipements et de ressources pédagogiques. Les effectifs pléthoriques dans de nombreuses écoles, couplés à une insuffisance criante de matériel pédagogique, contraignent les enseignants à utiliser des méthodes d’enseignement traditionnelles, limitant ainsi le recours à des approches d’apprentissage actives et participatives, pourtant essentielles au développement des compétences du 21ème siècle.

Un autre aspect alarmant soulevé par la Commission concerne l’impact préjudiciable du trafic et de la consommation de drogues, en particulier sur les apprenants les plus vulnérables. Les jeunes sont de manière disproportionnée les victimes de ces phénomènes, confrontés non seulement aux effets dévastateurs des substances psychoactives, mais aussi à la stigmatisation, à la discrimination et à des réponses souvent répressives et peu efficaces face à la toxicomanie. L’éducation doit impérativement devenir un rempart contre ces fléaux, en intégrant des programmes de prévention solides et adaptés.
Face à ce tableau, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun s’appuie sur les engagements internationaux de l’État. Lors de l’adoption du Rapport du passage du Cameroun au 4ème cycle de l’Examen Périodique Universel (EPU) le 26 mars 2024, 220 recommandations ont été acceptées par l’État, dont 13 spécifiquement axées sur la promotion du Droit à l’éducation. Parmi celles-ci, quatre sont particulièrement en phase avec la thématique de la Journée Internationale de l’Éducation 2026. Ces recommandations, ventilées par l’Institution Nationale des Droits de l’Homme aux structures étatiques et aux organisations de la société civile pertinentes, visent à injecter une nouvelle dynamique dans le système éducatif.
Dans cette optique, la Commission réitère ses appels lancés lors des précédentes célébrations. Elle souligne l’urgence de familiariser les enseignants avec l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). L’implication des jeunes dans la cocréation d’outils et de méthodes pédagogiques numériques est impérative. Il s’agit de leur fournir les équipements et les applications nécessaires pour améliorer l’efficacité des évaluations différenciées, alléger la charge de travail des enseignants et, surtout, lutter contre les usages frauduleux de l’IA. Cette synergie entre jeunes, enseignants et technologies est un levier essentiel pour une éducation innovante et pertinente.

Plus spécifiquement, la Commission adresse des recommandations ciblées aux ministères clés : celui de l’Enseignement Supérieur (MINESUP), des Enseignements Secondaires (MINESEC), de l’Éducation de Base (MINEDUB), de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MINEFOP), de la Jeunesse et de l’Éducation Civique (MINJEC), et de la Justice (MINJUSTICE), ainsi qu’à la Commission Nationale Anti-Corruption. Il leur est demandé de renforcer les mécanismes de prévention, de détection et de sanction de la corruption dans le secteur éducatif, en instaurant des systèmes de contrôle et d’alerte transparents. La participation active des jeunes dans ces dispositifs est primordiale pour garantir l’égalité d’accès, la qualité et l’effectivité du droit à l’éducation pour un plus grand nombre.
Enfin, la Commission exhorte le MINESEC et le MINEDUB à intégrer systématiquement dans les curricula scolaires une éducation préventive sur les drogues. Cette éducation, adaptée à l’âge des élèves, doit être fondée sur les compétences de vie et les Droits humains. Il est également crucial de former les enseignants et les encadreurs scolaires à la détection précoce des conduites addictives. Ces mesures, combinées à un engagement fort de la jeunesse dans la cocréation de son parcours éducatif, constituent la voie à suivre pour bâtir un avenir où l’éducation est un véritable instrument d’émancipation et de progrès pour tous les Camerounais.


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