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87e session de la CADHP: le RINADH alerte sur une Afrique en crise

Dans une déclaration prononcée lors des travaux de cette session ordinaire de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), tenue le 11 mai 2026, à Banjul, le président du Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’Homme, Pr. James Mouangue KOBILA, a exposé les crises humanitaires dévastatrices, la recrudescence des discours de haine et les défis technologiques complexes, appelant à une action urgente et coordonnée pour préserver les droits humains.

Le continent africain est actuellement le théâtre de conflits aux conséquences tragiques et d’une impunité généralisée, des réalités particulièrement vives au Soudan et dans l’est de la République démocratique du Congo. Ces zones de guerre prolongée ont entraîné des bilans humains effroyables, avec environ 150 000 morts enregistrés au Soudan, un chiffre probablement sous-estimé compte tenu des décès indirects imputables à la famine, aux maladies et au manque de soins. Ces mêmes conflits ont provoqué le déplacement de plus de 20 millions de personnes, fuyant l’insécurité alimentaire aiguë et les violences sexuelles généralisées.
Au cours de ces travaux, le RINADH a tenu à dénoncer l’impunité qui prévaut dans ces situations, permettant aux cycles de violence et d’abus de se perpétuer, tandis que la réponse internationale inadéquate, souvent due à une reconnaissance insuffisante de ces drames, aggrave la crise.

Parallèlement à ces crises ouvertes, le Pr KOBILA a attiré l’attention sur la prolifération inquiétante des discours de haine, de la désinformation et des appels à la violence. Ces phénomènes sont particulièrement virulents dans les contextes électoraux ou dans les régions fragiles, trouvant un terreau fertile dans l’expansion rapide des plateformes numériques. Ces technologies amplifient la diffusion de messages toxiques, souvent au-delà de la capacité des cadres réglementaires existants à les contenir ou à les réguler. Le RINADH exhorte les États à adopter une approche fondée sur les droits humains pour lutter contre ces fléaux, cherchant un équilibre délicat entre la préservation de la liberté d’expression et la répression nécessaire de toute incitation à la discrimination et à la violence, conformément aux principes consacrés par la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Les questions liées à la migration et à l’exploitation se complexifient, incluant désormais des formes d’exploitation transnationale à grande échelle et le recrutement de citoyens africains dans des conflits étrangers. Le trafic d’êtres humains, l’extorsion et la torture à des fins de rançon sont autant de menaces qui pèsent sur les populations migrantes. Sur un autre registre, la gouvernance des ressources naturelles, notamment les industries extractives essentielles à la transition énergétique, est également sous le feu des critiques. Le RINADH revendique un partage plus équitable des bénéfices issus de l’exploitation de ces ressources et insiste sur la protection indispensable des droits des communautés autochtones, garantissant leur droit à un environnement sain et satisfaisant.

L’avènement de l’intelligence artificielle et le développement rapide des technologies numériques soulèvent de nouvelles préoccupations majeures. Le RINADH prévient des risques accrus de discrimination, d’atteintes à la vie privée et d’aggravation des inégalités existantes. Les enfants et les groupes les plus vulnérables sont particulièrement exposés à l’exploitation en ligne, nécessitant une vigilance accrue. Le réseau plaide pour la mise en place de mécanismes de contrôle robustes, d’une transparence totale et de garanties centrées sur la protection de l’individu.Face à ces défis multiples, les Institutions Nationales des Droits de l’Homme (INDH) sont identifiées comme des acteurs centraux. Elles constituent des « traits d’union » essentiels entre les gouvernements et les citoyens, jouant un rôle crucial dans le suivi des situations, le conseil aux décideurs et la promotion de réformes.

Cependant, pour que les INDH puissent remplir pleinement leur mission, le RINADH souligne l’urgence de leur garantir indépendance et moyens adéquats, conformément aux Principes de Paris, d’autant plus que l’espace civique connaît une contraction préoccupante dans de nombreuses régions. Le réseau réaffirme enfin sa détermination à travailler de concert avec la CADHP, les États membres et toutes les parties prenantes pour que les droits humains restent la pierre angulaire des réponses apportées aux conflits, au terrorisme, aux enjeux de gouvernance, au développement et aux transformations technologiques qui redessinent le continent africain.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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