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Quinzième Conférence Biennale du RINADH : plongée au cœur des défis et des opportunités pour les Droits de l’Homme en Afrique

Yaoundé a abrité, le 5 février 2026, l’ouverture solennelle de la 15ème Conférence Biennale du Réseau International des Institutions Nationales Africaines de Promotion et de Protection des Droits de l’Homme (RINADH). Présidées par Laurent Esso, le Ministre d’État, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, représentant le Premier Ministre, cette rencontre a d’emblée dressé un tableau réaliste des défis complexes et multiformes auxquels l’Afrique est confrontée, tout en soulignant les potentiels considérables d’action stratégique.

Au cours de la cérémonie d’ouverture, une série d’enjeux majeurs ont été énumérés, allant des conflits persistants et des inégalités économiques criantes aux crises environnementales qui menacent notre avenir commun. L’impact protéiforme des technologies numériques, dont la rapidité d’évolution redéfinit sans cesse nos interactions et nos cadres sociétaux, ainsi que l’évolution constante des contextes de gouvernance, ont également été mis en exergue comme des facteurs déterminants.

Au-delà de ces constats, la conférence s’est positionnée comme une plateforme essentielle pour explorer et approfondir la compréhension intrinsèque des droits de l’homme dans un contexte spécifiquement africain. Il s’agit notamment de l’interprétation et de l’application des normes relatives aux droits de l’homme, qui doivent impérativement tenir compte de la singularité des réalités, des cultures et des aspirations des peuples africains. Ces éléments, loin d’être de simples obstacles, constituent de puissantes opportunités de plaidoyer stratégique, un levier pour le renforcement de la légitimité des actions menées et l’accroissement de leur efficacité dans la mise en œuvre concrète des droits humains sur le continent. C’est dans cette optique que cette 15ème conférence biennale s’est présentée comme une plateforme pertinente pour explorer, approfondir et exploiter stratégiquement les instruments et la jurisprudence uniques développés par le continent, offrant ainsi une voie vers une prise de décision éclairée et une action plus juste et plus humaine.

Le choix du thème de cette 15ème Conférence biennale n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une réflexion mûrie, conçue pour répondre à plusieurs exigences fondamentales et revêtir une importance stratégique capitale pour les Institutions Nationales des Droits de l’Homme (INDH) africaines. Conformément aux appels répétés des mécanismes africains des droits de l’homme, qui invitent les INDH à un soutien plus actif dans l’accomplissement de leurs mandats, cette rencontre vise à améliorer qualitativement et structurellement la contribution de ces institutions aux travaux desdits mécanismes. Selon James Mouangue kobila,le nouveau président du Réseau, cette amélioration concerne tant la promotion normative, par l’élaboration et le renforcement des cadres juridiques et politiques, que le suivi de la mise en œuvre des décisions et recommandations, assurant ainsi leur application effective sur le terrain. L’objectif est double : affirmer la spécificité et la richesse du système africain des droits de l’homme et des peuples, tout en renforçant sa synergie avec le système universel. Il est essentiel, tant au sein des États africains qu’au-delà de leurs frontières, de faire comprendre que les instruments africains des droits de l’homme ne sont pas une simple redondance par rapport aux instruments universels. Au contraire, ils reposent sur une philosophie propre, profondément enracinée dans l’histoire, les valeurs et les réalités uniques des sociétés africaines, tout en s’inscrivant dans une perspective de complémentarité et de renforcement mutuel. Cette singularité, précieuse et distinctive, se manifeste concrètement dans la jurisprudence des principaux mécanismes africains, notamment la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, et le Comité des experts sur les Droits et le bien-être de l’enfant.

Le choix des participants à cette conférence biennale reflète également cette logique de cohérence et d’ouverture, en tenant compte de l’appel lancé par l’Immédiat Past President de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, qui, en sa qualité de Rapporteur-pays du Cameroun, a réitéré son appel en faveur d’un Système africain des Droits de l’Homme véritablement participatif. Cet appel souligne la nécessité d’assurer non seulement l’implication accrue des Organisations de la Société Civile et des Institutions Nationales des Droits de l’Homme, mais aussi celle des peuples, des individus et des communautés eux-mêmes, garants ultimes de la promotion et de la protection des droits fondamentaux.

Prenant la parole, Amina Bouayach a magnifié le Cameroun comme un pays de convergence des droits de l’homme, soulignant que les discours tenus lors de la cérémonie, riches en idées et suggestions, offrent une perspective éclairée aux décideurs du continent. Elle a mis en avant le rôle des participants pour relever les défis actuels, considérant cette conférence comme un moment de renouvellement des idées et de l’engagement, particulièrement pertinent dans un contexte de crises multiples. Elle a insisté sur l’interconnexion entre le Cameroun et les représentants de toute l’Afrique, renforçant la dimension collective et solidaire de cette démarche cruciale pour l’avenir des droits humains.

Les défis soulevés (conflits, inégalités économiques, crises environnementales, impact des technologies numériques, évolution des contextes de gouvernance) ne sont pas de simples constats, mais constituent autant de catalyseurs potentiels pour une action engagée. L’interprétation et l’application spécifiquement africaines des normes relatives aux Droits de l’homme, au lieu d’être perçues comme une divergence, sont présentées comme une richesse intrinsèque au système. Elles offrent des voies uniques pour le plaidoyer stratégique, permettant de renforcer la légitimité des initiatives et d’accroître significativement leur efficacité dans la mise en œuvre des droits humains à travers le continent. La 15ème Conférence Biennale de la RINADH s’est donc imposée comme une plateforme indispensable pour explorer en profondeur ces instruments et cette jurisprudence africaines singulières, invitant à une exploitation stratégique de leur potentiel pour construire un avenir où les droits de tous sont pleinement respectés et protégés. L’engagement réitéré pour un système de droits de l’homme véritablement participatif, inclusif et ancré dans les réalités africaines forme la colonne vertébrale des attentes pour cette rencontre décisive.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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