Avec 472 208 PME recensées en 2025, en hausse de 6,5% sur un an, le Cameroun confirme le poids stratégique de son tissu entrepreneurial. Présentés le 24 juin 2026, à Yaoundé, au cours d’un atelier présidé par le ministre Achille Bassilekin III, les chiffres traduisent cinq années de politiques publiques ciblées : les jeunes de moins de 35 ans et les femmes portent désormais 43% et 33% des créations. Décryptage d’une montée en puissance.

Cinq ans après le lancement du Plan de relance post-Covid et des mesures d’incitation à l’entrepreneuriat, le Cameroun récolte les premiers fruits de ses politiques PME. Les résultats 2025, dévoilés ce mercredi à Yaoundé par le ministère des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat, dessinent un secteur en mutation rapide.
De 2020 à 2025 : une progression continue
Le pays compte aujourd’hui 472 208 PME, contre 443 386 en 2024, soit une croissance de 6,5% en douze mois. Depuis 2020, année marquée par la mise en place du Fonds de garantie aux PME et l’accélération de la digitalisation des procédures de création d’entreprise, la courbe n’a cessé de grimper. À ce stock s’ajoutent 23 714 organisations de l’économie sociale et 72 508 unités de production artisanale.
Résultat : PME, économie sociale et artisanat constituent 99,9% des unités de production formelles. Un ratio stable depuis 2020, mais qui repose désormais sur un volume bien plus important. « Ce n’est plus un secteur d’appoint. C’est l’ossature de notre économie réelle », résume un cadre du ministère.
Le double basculement : jeunes et femmes aux commandes
La rupture majeure de 2025 tient au profil des créateurs. 43% des entreprises nées cette année ont été fondées par des jeunes de moins de 35 ans. Les femmes signent 33% des nouvelles immatriculations.
Deux tendances qui s’ancrent depuis 2020. Les dispositifs comme le Programme d’appui à la jeunesse, le Projet d’autonomisation des femmes entrepreneures ou les lignes de crédit spécifiques de la BC-PME ont progressivement levé les verrous d’accès au financement et à la formation. La loi de 2023 sur la promotion de l’entrepreneuriat féminin et l’exonération fiscale des startups de moins de trois ans ont accentué le mouvement.

Au-delà du nombre : l’enjeu de la formalisation et de la productivité
Si la quantité progresse, la question de la qualité reste posée. Les 472 208 PME pèsent 36% du PIB et 67% des emplois, selon les dernières données de l’INS. Mais 72% d’entre elles demeurent dans le segment des très petites entreprises de moins de 5 salariés.
D’où l’importance des « outils d’évaluation des résultats » évoqués par Achille Bassilekin III. Depuis 2021, le ministère s’est doté d’un tableau de bord trimestriel croisant création, survie à 3 ans, accès au crédit et contribution fiscale. Objectif : passer d’une logique de comptage à une logique d’impact. Les 23 714 organisations de l’économie sociale et les 72 508 artisans sont désormais intégrés à ce suivi, signe d’une vision élargie de l’entrepreneuriat.
Les défis 2026-2030 : financement, marchés, innovation
La dynamique 2025 valide les choix opérés depuis 2020. Elle met aussi en lumière trois défis pour atteindre les cibles de la SND30 et de la Vision 2035.
Sur le financement, seules 12% des PME accèdent au crédit bancaire. Le Fonds de garantie doit changer d’échelle et les mécanismes de capital-risque se structurer pour répondre à la demande. Concernant les marchés, la commande publique locale et la sous-traitance industrielle restent marginales. L’application effective des 30% de marchés réservés aux PME est attendue par les acteurs. Sur l’innovation, moins de 5% des PME sont dans le numérique ou la transformation industrielle. Les centres d’incubation et les technopôles annoncés depuis 2022 doivent devenir opérationnels pour inverser la tendance.
Un secteur politique
La montée en puissance des PME n’est pas neutre. Avec 43% de créateurs de moins de 35 ans, le secteur devient un amortisseur social face au chômage des jeunes, estimé à 32% en milieu urbain. Avec 33% de femmes cheffes d’entreprise, il participe à la recomposition des rapports économiques dans les ménages.
« Outils d’évaluation des résultats », a insisté le ministre. La formule dit tout : après le temps de la création massive post-2020, vient celui de la consolidation.
Trajectoire 2020-2025
La progression est constante depuis 2020. Cette année-là, le Cameroun comptait 361 000 PME. Le Fonds de garantie était lancé et le CFCE entamait sa digitalisation. En 2021, la croissance atteint 8,2% avec l’ouverture des premiers incubateurs régionaux. L’année 2022 marque le vote de la loi sur les startups et le franchissement du seuil des 398 000 PME. En 2023, la loi sur l’entrepreneuriat féminin entre en vigueur alors que le pays dénombre 420 500 PME. En 2024, le total passe à 443 386 PME et 39% des créations sont déjà portées par des jeunes. En 2025, le cap des 472 208 PME est franchi, avec 43% des créations réalisées par des jeunes et 33% par des femmes.
Le cap du demi-million d’entreprises est en vue pour 2026. Reste à transformer la dynamique quantitative en gains de productivité et d’emplois décents. La prochaine étape, selon le ministère, sera la publication du rapport d’impact des PME sur la croissance inclusive.
Oscar Abessolo, Source: CRTV

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