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Traversée de la route: un acte quotidien mal maîtrisé au Cameroun

Dans le tumulte incessant de nos agglomérations, l’acte apparemment anodin de traverser la route se révèle être, au pays des lions indomptables, un défi majeur et un comportement souvent désastreux. Entre ignorance des règles élémentaires, manque de civisme et une perception erronée de la priorité, une large frange de la population piétonne navigue la chaussée comme une école de la dernière chance. Cette négligence collective, loin d’être une simple anecdote, alimente un flot d’accidents dont les répercussions sont dramatiques, interrogeant le rapport à la sécurité routière et notre sens de la responsabilité individuelle.

L’image est familière, presque banale, dans le paysage urbain camerounais : des piétons s’élançant sur la chaussée sans préavis, au milieu du trafic dense, au mépris des passages cloutés ou des feux de signalisation. Cette traversée, souvent exécutée avec hésitation ou une lenteur déconcertante, transforme le quotidien des automobilistes en une série de freinages brusques et de manœuvres d’évitement. Aux abords de lieux névralgiques comme la Poste Centrale à Yaoundé ou le rond-point Bonapriso à Douala, l’observation est une constante : la route n’est pas perçue comme un espace partagé nécessitant une vigilance mutuelle, mais comme une zone de passage où la loi du plus audacieux semble prévaloir. Les passages cloutés, pourtant conçus pour sécuriser, sont fréquemment ignorés ou traversés sans ralentir, les feux rouges, symboles universels de l’arrêt obligatoire, sont franchis impunément. Il en résulte une cacophonie comportementale où chaque acteur tente de s’imposer, générant une insécurité palpable.

Au cœur de cette problématique, on retrouve souvent une méconnaissance ou une négligence des fondamentaux du code de la route, pourtant enseignés dès l’école élémentaire. La règle est simple, inscrite dans les manuels de toute enfance : pour traverser, il faut regarder à gauche, puis à droite, et traverser rapidement en empruntant le passage clouté. Cette maxime est d’autant plus pertinente dans les zones urbaines équipées de feux de signalisation, où le feu rouge, pour les véhicules, signifie impérativement l’arrêt, offrant ainsi une fenêtre sécurisée pour les piétons. Pourtant, cette simplicité pédagogique semble s’être diluée dans l’usage courant. Une autre catégorie de piétons, plus téméraire ou désespérée, impose son propre tempo, générant une pression constante sur les conducteurs, qui, surpris, doivent user de leurs freins à outrance, parfois en vain, conduisant ainsi à des collisions évitables.

Le problème ne réside cependant pas uniquement du côté des piétons. Sur les chaussées où la signalisation est déficiente, le code de la route octroie une priorité aux piétons, surtout lorsqu’ils sont nombreux. Pourtant, les conducteurs font souvent preuve d’une méconnaissance ou d’une réticence à céder le passage, accentuant l’animosité et le risque d’accident. Cette dualité de manquement (des piétons qui ne respectent pas les règles et des conducteurs qui n’accordent pas la priorité due) crée un cercle vicieux d’insécurité routière.

Les statistiques globales dressent un tableau alarmant qui corrobore cette réalité locale. Selon une étude menée par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), les accidents impliquant des piétons représentent une part significative de la mortalité routière mondiale, oscillant entre 15 % et 38 %. Plus précisément, dans 62 % des cas d’accidents spécifiques aux piétons, la cause directe est une traversée inappropriée de la chaussée. L’Afrique n’est pas en reste ; dans la région africaine, la proportion de piétons tués peut atteindre un pourcentage effrayant, jusqu’à 38 % de l’ensemble des décès liés à la circulation routière. Ces chiffres résonnent avec force dans nos villes, où la densité des piétons et la fragilité de leur statut sur la route en font une population particulièrement vulnérable.

C’est dire que la traversée de la route au Cameroun demeure une école où une bonne partie de la population semble avoir séché les cours. Il ne s’agit pas seulement d’une question de mauvaise habitude, mais d’un enjeu de sécurité publique impliquant une éducation civique renforcée, une meilleure sensibilisation aux risques encourus et une application plus rigoureuse des règles existantes, tant par les piétons que par les conducteurs. Améliorer la sécurité de tous passe nécessairement par un retour aux fondamentaux de la prudence et du respect mutuel sur nos routes.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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