Alors que les championnats de vacances constituent traditionnellement le cœur battant de la jeunesse de Yaoundé durant la période estivale, l’édition 2026 du tournoi Nnam traverse une zone de turbulences sans précédent. Autrefois considéré comme l’un des fleurons des compétitions du Mfoundi, cet événement porté par le Dr Tang Ahanda Barnabé semble aujourd’hui s’enfoncer dans une léthargie organisationnelle qui menace son existence même. Entre manque de discipline, décisions arbitraires et concurrence féroce, le stade du marché d’Etoudi est devenu le théâtre d’un spectacle désolant où l’amateurisme du comité d’organisation prend le pas sur la beauté du sport, au grand dam des supporters et des partenaires.

Le déclin est d’autant plus frappant lorsqu’on observe la vitalité des tournois voisins. À quelques kilomètres de là, le championnat Alexandre Song au Lycée Bilingue de Yaoundé et celui de la Bundesliga à Nlongkak affichent une santé insolente, attirant foules et talents grâce à une rigueur administrative exemplaire. Pendant ce temps, le Nnam, qui bénéficie pourtant d’infrastructures de qualité avec des gradins modernes et conformes, voit son image de marque s’étioler. Ce paradoxe est cruel : le cadre est là, mais l’esprit et la gestion font défaut. Les pratiques enregistrées ces derniers temps suggèrent une forme de sabotage interne qui éloigne progressivement les passionnés de football des travées d’Etoudi.
Le point de rupture a été atteint ce 21 août 2026, lors d’une rencontre de quart de finale qui devait opposer Vivre-ensemble d’Émana à l’AS-Ntem. Ce qui aurait dû être une fête du football a tourné au fiasco administratif. L’équipe de l’AS-Ntem, visiblement plus préoccupée par sa participation simultanée au tournoi de la Bundesliga à Nlongkak, a brillé par son absence au coup d’envoi initialement prévu à 15h30. Les joueurs de Vivre-ensemble, exemplaires dans leur préparation, ont attendu plus d’une heure sur la pelouse, sous le regard médusé d’un public clairsemé. Selon les règlements en vigueur et les déclarations initiales du comité d’organisation, le match aurait dû être déclaré gagné par forfait (tapis vert) à 16h35. Pourtant, l’indécision a régné en maître.

La situation a basculé dans l’absurde vers 16h40, lorsqu’une partie des joueurs de l’AS-Ntem est enfin arrivée sur les lieux, arrivant tout droit de leur match précédent à Nlongkak. Au lieu d’appliquer fermement le règlement pour préserver l’équité de la compétition, le comité d’organisation a laissé planer un flou artistique. Pire encore, au moment où le corps arbitral a finalement appelé les capitaines pour lancer la rencontre, seul celui de Vivre-ensemble d’Émana a répondu à l’appel. Les dirigeants et le reste de l’effectif de l’AS-Ntem demeuraient introuvables ou désorganisés. Ce manque de respect flagrant pour l’adversaire et pour l’institution même du tournoi n’a fait l’objet d’aucune sanction immédiate et ferme.
Ce laxisme est d’autant plus difficile à accepter qu’il est à géométrie variable. Il y a peu, la même formation de Vivre-ensemble s’était vue infliger une défaite sur tapis vert dans des conditions bien plus strictes. Pourtant, les dirigeants d’Émana avaient pris le soin de signaler leur indisponibilité deux jours à l’avance, demandant officiellement une déprogrammation au comité. Cette politique du « deux poids, deux mesures » finit par convaincre les observateurs que le comité d’organisation travaille activement contre les intérêts du tournoi. Les gradins restent désespérément vides, car le public ne s’y trompe pas : sans discipline et sans respect des règles préétablies, le spectacle perd sa saveur et sa légitimité.
Aujourd’hui, c’est un véritable cri d’alarme qui est lancé en direction du promoteur, le Dr Tang Ahanda Barnabé. Malgré ses efforts financiers et matériels pour offrir à la communauté d’Etoudi un championnat compétitif et spectaculaire, son ambition est littéralement sabordée par l’incompétence de ceux chargés de la mise en œuvre. Si rien n’est fait pour restructurer ce comité et restaurer une autorité juste et rigoureuse, le tournoi Nnam risque de n’être plus qu’un lointain souvenir, effacé par des organisations plus sérieuses qui ont compris que le football de vacances, bien que festif, ne peut se passer de professionnalisme.
O. A

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