L’élan a été donné le 25 novembre à Yaoundé, avec le lancement officiel de la 19ème édition des 16 jours d’activisme contre les violences faites aux femmes et aux filles. L’évènement présidé par la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, Marie Thérèse Abena Ondoa, entend mener le pays des lions indomptables vers une intégration pleine et entière dans l’agenda mondial impulsé par les Nations Unies, qui mettent particulièrement l’accent sur la lutte contre les violences numériques. un phénomène, en pleine expansion, qui s’affirme comme un danger croissant, tissant sa toile sur internet et brisant des vies entières, exigeant ainsi une réponse globale et innovante.

La lutte contre ces nouvelles formes de violence est devenue une priorité nationale, reconnaissant que l’espace numérique, bien qu’indispensable à la vie moderne, est également devenu un terrain fertile pour l’agression et l’exploitation. Placée sous le thème percutant « Unis pour mettre fin à la violence numérique à l’égard de toutes les femmes et filles », la 19éme édition des 16 jours d’activisme a réuni un parterre d’acteurs clés, démontrant une volonté collective de fer. Des entités institutionnelles, des géants technologiques et des forces de sécurité étaient présents, ont unanimement souligné la nécessité impérieuse d’intensifier les efforts déployés pour assurer la protection des femmes et des jeunes filles dans un univers digital qui est, aujourd’hui, à la fois un vecteur d’opportunités et un espace de risques considérables. L’interconnexion croissante a rendu la vigilance et la protection plus complexes, confrontant les autorités et la société civile à de nouveaux défis.

Un point d’attention majeur a été soulevé par la Délégation Générale à la Sûreté Nationale. Au-delà des efforts déjà en cours, la DGSN a mis en exergue une préoccupation pressante : le besoin urgent et fondamental de former spécifiquement les agents de police à la prise en charge adéquate des victimes de cyberviolences. Selon les déclarations de la commissaire divisionnaire, une telle formation n’est pas un luxe mais une nécessité absolue. Elle est essentielle pour garantir que les interventions soient non seulement plus rapides et efficaces, mais surtout, qu’elles soient parfaitement adaptées aux réalités complexes et évolutives de l’environnement numérique actuel. Former les forces de l’ordre est une pierre angulaire pour bâtir un système de réponse robuste et fiable face à ces délits dématérialisés.

L’espace numérique se révèle ainsi ambivalent, oscillant entre promesses d’émancipation et périls insidieux. Pour des instances comme l’Agence des Régulations des Télécommunications (ART), le numérique n’est pas intrinsèquement un lieu de dangers. Il représente avant tout un formidable levier de leadership, d’expression et d’autonomisation pour les femmes, à la condition sine qua non qu’elles puissent y évoluer en toute sécurité. Cependant, cette sécurité n’est pas garantie et une vigilance constante reste de mise. Une actrice engagée dans la lutte a rappelé une vérité fondamentale : la protection individuelle commence par des comportements avertis et prudents en ligne. Elle a spécifiquement conseillé aux femmes et jeunes filles de s’abstenir de partager des contenus intimes, tels que des vidéos à caractère sexuel, avec leurs partenaires, car ces images peuvent aisément être transformées en armes retorses en cas de rupture de relation. Le ‘revenge porn’ et les atteintes multiples à l’intimité en ligne ont été fermement dénoncés par d’autres intervenantes, qui ont vigoureusement insisté sur l’importance capitale de déposer plainte. Pour elles, c’est uniquement par une culture de la dénonciation que l’État pourra pleinement mesurer l’ampleur réelle de ces violences numériques et ainsi développer des réponses légales, sociales et technologiques qui soient véritablement adaptées et efficaces.

La représentante des Nations Unies a rappelé que la violence faite aux femmes, loin d’être un problème isolé, demeure un fléau mondial aux dimensions alarmantes, spectaculairement amplifié par la rapidité de circulation et la portée inégalée du numérique. La Ministre Marie Thérèse Abena Ondoa, quant à elle, a pertinemment décrit les multiples formes de violences qui « fragilisent et brisent la vie familiale, professionnelle et sociale » des femmes, réaffirmant ainsi l’urgence absolue de renforcer les mécanismes de protection existants et d’en créer de nouveaux. Dans tout le territoire national, une série d’activités coordonnées par une multitude de partenaires, incluant des organisations de la société civile et des associations, seront déployées dans les régions et les localités les plus reculées. L’objectif est de diffuser massivement le message de prévention, de sensibilisation et de solidarité, a souligné Madame Ongoloa, Coordinatrice résidente du système des Nations Unies au Cameroun dans son propos.
Si les institutions parviennent à renforcer leurs dispositifs, si les organisations multiformes multiplient leurs actions et si les autorités multiplient les appels à une prise de conscience collective, il demeure une évidence : la première et la plus importante ligne de défense reste la femme elle-même. Dans un espace numérique où l’information peut circuler à une vitesse vertigineuse, où tout peut être archivé indéfiniment et resurgir à tout moment, il est vital pour chaque femme et chaque jeune fille d’être sa propre gardienne. Protéger son image, ses données personnelles, sa vie privée et, ultimement, sa dignité, représente un exercice de vigilance constant et indispensable dans le monde d’aujourd’hui.
Oscar Abessolo


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