Lancé le 28 juillet 2026 à Yaoundé par le Ministre des Finances Louis Paul Motaze, le processus de préparation du budget 2027 s’ouvre dans un contexte tendu. Déficit en hausse, subventions pétrolières, chute des appuis budgétaires et environnement international incertain : le gouvernement mise sur l’optimisation des recettes et l’efficacité des investissements publics pour stimuler la croissance et améliorer les conditions de vie.

Le top départ est donné. Le Ministre des Finances Louis Paul Motaze a officiellement lancé les travaux de préparation du budget de l’Etat pour l’exercice 2027. Le Thème retenu pour guider la réflexion : « Le budget de l’Etat face au défi du renforcement de l’état de service des investissements publics, en vue de la stimulation de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations ».Un thème qui sonne comme un avertissement, car les marges de manœuvre budgétaires se réduisent.
Un déficit qui inquiète et une ardoise qui s’alourdit
Le constat dressé par le Minfi est sans détour. Au terme du premier trimestre, les dépenses budgétaires s’élèvent à 1 547,1 milliards FCFA, soit 215,7 milliards de plus que l’ensemble des recettes.
A cela s’ajoute le poids des subventions aux produits pétroliers. Malgré la flambée des cours mondiaux du pétrole, le Gouvernement a choisi de maintenir le prix à la pompe stable pour préserver le pouvoir d’achat. Une décision sociale, mais coûteuse.

La conséquence directe est que malgré une légère amélioration par rapport à 2024, le déficit budgétaire global est remonté à 1,0% du PIB en 2025, au-delà de l’objectif révisé de 0,8%: « une telle situation appelle à une maîtrise de la dépense publique, afin de garantir la viabilité de la dette et l’équilibre général de nos finances publiques », a prévenu Louis Paul Motaze.
Un contexte économique mondial et intérieur sous pression
Sur le plan macroéconomique, le Cameroun affiche une certaine résilience. La croissance est estimée à 3,4% en 2025 et projetée à 3,5% en 2026, grâce au programme avec le FMI. Mais les risques sont nombreux, notamment, la volatilité mondiale depuis 2021, les conflits au Moyen-Orient qui perturbent l’approvisionnement en intrants, resserrement des conditions financières, la sorties de capitaux, l’atonie du marché financier sous-régional, les tensions commerciales et la contraction du secteur pétrolier.
Au plan interne, la situation est tout aussi préoccupante avec la chute drastique des appuis budgétaires, la baisse des revenus, la faible productivité des entreprises et les retards de paiement de l’Etat à ses créanciers. Autant de facteurs qui rendent « hypothétique la possibilité de captation de ressources additionnelles en 2027 ».
Des priorités claires face à la rareté des ressources
Face à ces contraintes, le Ministre des Finances a fixé le cap. Il s’agit d’abord de maîtriser les dépenses et d’optimiser les recettes. Cela passe par l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration de l’administration fiscale et douanière, et un meilleur ciblage de la dépense publique pour gagner en efficience. La relance de la production locale est également au cœur des priorités. Le Ministre insiste sur l’intensification du Plan Intégré d’Import Substitution Agropastoral et Halieutique afin de réduire le déficit commercial et renforcer la sécurité alimentaire.

Le secteur énergétique ne sera pas en reste. L’objectif est de restaurer l’équilibre financier de l’Etat actionnaire, de finaliser le plan de redressement de la SONARA et d’autres entreprises publiques comme la SOCADEL. En parallèle, des projets structurants doivent être lancés ou accélérés : la centrale hydroélectrique de Kikot, les Compacts Energie et Eau, et la valorisation de Nachtigal.
La protection des couches les plus vulnérables et l’accélération du processus de décentralisation figurent aussi parmi les urgences. Il faudra renforcer les mécanismes de redistribution et allouer des ressources plus importantes et plus équitables aux communes et aux régions. L’un des plus grands chantiers concerne l’état de service des investissements publics. Le Ministre déplore que les investissements passés n’aient pas toujours produit les effets multiplicateurs attendus en raison des retards, de la détérioration rapide des ouvrages et du manque d’entretien. Pour 2027, la réflexion devra donc porter sur la sélection des projets, leur préparation, leur maturation, la qualité des infrastructures réalisées, leur fonctionnalité et leur entretien.
Poursuivre les grands chantiers malgré les contraintes
Malgré ce contexte difficile, l’Etat entend poursuivre les grands projets. Il s’agit notamment de la reconstruction des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, des grands projets portuaires, routiers et autoroutiers à travers le pays, ainsi que de l’extension de la couverture sanitaire universelle. La mise en œuvre du programme d’impulsion initiale P21 et d’autres initiatives de transformation structurelle sera également poursuivie.
Pour soutenir ces ambitions, un nouveau programme économique et financier avec le FMI et d’autres partenaires techniques et financiers est envisagé. L’objectif etant de capter d’importants appuis budgétaires pour financer le budget d’investissement public.
En clair, Louis Paul Motaze a appelé les administrations à « opérer un choix judicieux des actions à mener ». L’enjeu pour 2027 est de faire plus avec moins, et s’assurer que chaque franc investi se traduise en croissance concrète et en amélioration du quotidien des Camerounais.
Pour rappel, la cérémonie de lancement de cet atelier de 2 jours s’est tenue en présence de plusieurs membres du Gouvernement et de la Présidente de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale.

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