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87e session de la CADHP : James Mouangue Kobila présente les défis du Cameroun

Le président de la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC), par ailleurs Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH), a profité de ces assises tenues à Banjul en Gambie, pour livrer un état des lieux sans concession de la situation nationale de cette importante cause humanitaire. Son intervention a dressé un tableau contrasté, marqué par des avancées institutionnelles majeures qui renforcent la position du pays sur la scène diplomatique et technologique, mais également par des préoccupations persistantes concernant les violences sociales qui continuent d’endeuiller la nation, plaçant particulièrement les enfants et les femmes en première ligne de ces urgences.

Sur le plan de son rayonnement régional et international, le Cameroun semble enregistrer des succès notables. L’élection du Professeur Mouangue Kobila à la tête du Réseau des institutions nationales africaines des Droits de l’Homme (RINADH) en février 2026 confère désormais une voix continentale à la perception camerounaise des droits humains. Cet ancrage diplomatique s’appuie sur des progrès concrets dans l’adaptation aux défis modernes, notamment par le renforcement des capacités de l’Agence Nationale des Technologies de l’Information et de la Communication (ANTIC). Cette dernière se voit dotée de moyens accrus pour traquer et combattre les discours de haine et le cyberharcèlement, deux fléaux qui menacent la cohésion sociale dans un monde de plus en plus interconnecté. Sur le front sécuritaire, la coopération internationale a également démontré son efficacité avec l’interpellation aux États-Unis, en avril dernier, de Kenneth Chungag, une arrestation significative visant à priver de soutien logistique les groupes terroristes actifs dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, des zones en proie à une insécurité endémique.

Cependant, derrière ces succès diplomatiques et ces avancées technologiques, le bilan s’assombrit dès que l’analyse porte sur la sphère privée et les violences intimes qui touchent directement les citoyens les plus vulnérables. « La situation est alarmante », a martelé le Président de la CDHC, soulignant avec une gravité palpable l’ampleur des drames humains. L’année 2025 a été marquée par le triste bilan de 37 mineurs assassinés sur le territoire national, un chiffre déjà effrayant qui trouve un écho encore plus sombre avec le début de l’année 2026, durant lequel six infanticides ont déjà été signalés. Ces actes barbares ont une fois de plus rappelé la fragilité de la protection des plus jeunes, illustrée tragiquement par l’affaire du jeune Mathys Ouandji. Bien que le meurtrier ait été condamné à mort en mars dernier, la peine capitale n’étant plus appliquée au Cameroun depuis maintenant 30 ans, ce cas a cristallisé la colère publique et l’émotion nationale face à l’impuissance apparente face à de telles atrocités.

La situation des femmes n’est guère plus reluisante, confrontées elles aussi à une violence endémique. Le rapport fait état de 76 féminicides enregistrés en 2025, et déjà une trentaine ont été recensés depuis janvier 2026. Face à cette « barbarie » qui perdure, le gouvernement a pris des mesures pour accélérer l’adoption d’un avant-projet de loi spécifiquement conçu pour lutter contre les violences basées sur le genre (VBG), un texte qui a été validé lors d’un atelier tenu récemment à Ebolowa, marquant un pas important dans la reconnaissance et la répression de ces violences.

Malgré ces efforts législatifs et diplomatiques, la persistance des tensions dans les régions en crise demeure un point de vigilance rouge absolue pour la sécurité et la cohésion nationale. Le récent massacre de 14 bergers Mbororo survenu en janvier 2026 dans la subdivision de Donga-Mantung est une illustration tragique de la fragilité des rapports intercommunautaires, une situation exacerbée par la présence et les pressions continues des groupes terroristes dans ces zones déjà déstabilisées.

Face à ces défis multidimensionnels, les recommandations émises par la CDHC sont claires et visent à renforcer la protection des citoyens sur plusieurs fronts. Elles incluent une sécurisation accrue des établissements scolaires, notamment par la mise en place de systèmes de vidéosurveillance, une répression plus stricte et systématique des crimes perpétrés contre les mineurs, ainsi que la finalisation et l’adoption rapide de la loi VBG. De manière cruciale, les recommandations insistent sur l’accélération des processus de reconstruction dans les régions du Nord-Ouest, du Sud-Ouest et de l’Extrême-Nord, qui souffrent encore profondément des affres des conflits et du terrorisme. En invoquant le « rendez-vous avec l’histoire » qui incombe à sa génération, le Professeur Mouangue Kobila a rappelé avec force que si la construction des cadres législatifs et institutionnels progresse, la protection réelle et effective du citoyen camerounais demeure un combat quotidien. Il a ainsi lancé un appel vibrant à une vigilance constante, insistant sur le fait que le chemin vers une paix durable et la pleine jouissance des droits humains exige un engagement sans relâche, où la vigilance ne doit jamais faiblir, ni de la part des autorités, ni de la part de la société civile.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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