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Sortir les veuves de la vulnérabilité: le Cameroun se doté d’une cartographie exhaustive

C’est le point d’orgue de la tenue, le 22 juillet 2026, du lancement officiel d’une étude visant à établir des statistiques exactes de la condition des veuves sur l’ensemble du territoire national. L’activité présidée par Marie Thérèse Abena Ondoa, ministre de la promotion de la femme et de la famille, se veut le socle d’une nouvelle politique d’inclusion et de justice sociale, pour cette catégorie de femmes Vivant le plus souvent entre précarité économique, pesanteurs socio-culturelles et défis juridiques.

Au Cameroun, la perte d’un conjoint n’est pas seulement un drame émotionnel ; elle marque souvent le début d’une descente aux enfers socio-économique pour la femme. Consciente de cette réalité, la ministre de la promotion de la femme et de la famille a réuni experts, partenaires au développement et acteurs de la société civile pour lancer une étude d’envergure. L’objectif est de passer des observations empiriques à une analyse scientifique rigoureuse pour mieux orienter l’action publique.

Au pays des lions indomptables, le veuvage au revêt une dimension économique alarmante. Au-delà du simple changement de statut matrimonial, il constitue un facteur majeur de vulnérabilité. Les données préliminaires soulignent que les difficultés rencontrées par ces femmes sont exacerbées par des inégalités structurelles profondément ancrées. L’accès à la propriété foncière demeure l’un des principaux points de friction. Dans de nombreuses communautés, le décès de l’époux entraîne une remise en question systématique des droits de l’épouse sur les terres cultivables ou l’habitat familial, la privant ainsi de son principal outil de subsistance et de production.

À cela s’ajoute le difficile accès au crédit bancaire et au travail décent. Sans garanties foncières ou sans le soutien d’un chef de famille reconnu par les institutions financières traditionnelles, les veuves se retrouvent exclues des circuits de financement formels. Cette situation les condamne souvent au secteur informel, où la précarité est la règle.

Le poids des traditions et le traumatisme psychosocial

L’étude lancée par le Minproff ne se limite pas aux chiffres économiques. Elle explore les profondeurs de l’âme humaine et les cicatrices laissées par des normes sociales persistantes. L’Enquête Démographique et de Santé (EDS) de 2018 révélait déjà qu’environ 36,4 % des femmes âgées de 15 à 49 ans au Cameroun ont été victimes de violences conjugales ou domestiques. Pour la veuve, ces violences se métamorphosent souvent en rites de veuvage humiliants.

Ces rites, perçus comme obligatoires dans certaines traditions, constituent des atteintes graves à la liberté et à la dignité. Ils s’accompagnent fréquemment d’un isolement social forcé, de stigmatisation et d’une pression psychologique intense. Les conséquences sont lourdes : anxiété chronique, dépression et sentiment d’abandon. De plus, les conflits familiaux relatifs à l’héritage transforment le deuil en une bataille juridique et émotionnelle épuisante. Face à ce tableau, Marie Thérèse Abena Ondoa a insisté sur la nécessité d’un accompagnement psychosocial adapté, qui tienne compte des spécificités culturelles et individuelles de chaque femme.

Le besoin impérieux de données chiffrées

L’un des moments forts de l’allocution de la ministre a été le constat d’un vide statistique préjudiciable. « Il nous est arrivé plus d’une fois de nous retrouver à des rencontres à l’international et d’avoir été incapables de fournir des données chiffrées », a-t-elle déploré. Ce manque d’outils statistiques affaiblit la position du Cameroun sur la scène internationale, notamment lorsqu’il s’agit de solliciter des appuis techniques ou financiers.

Pour la ministre, parler avec autorité nécessite des preuves factuelles. Cette étude est donc la bienvenue car elle permettra enfin d’avoir une idée précise non seulement du nombre de veuves, mais surtout de la nature exacte des abus auxquels elles sont soumises. « C’est pour ça qu’il est important d’actualiser ce qui est à notre disposition », a-t-elle ajouté. Ces données permettront également de convaincre le gouvernement d’allouer des budgets plus conséquents à la protection de cette frange de la population.

Clarifier le statut pour mieux agir

Elie Bernard Nguele Meyanga, Directeur de la Promotion et de la Protection des droits de la femme, a apporté une précision juridique essentielle lors de cet échange. Il s’agit de distinguer le statut de la veuve de sa condition matérielle. « La veuve, en réalité, c’est une femme légalement mariée qui a perdu son conjoint », a-t-il rappelé, soulignant que de nombreuses femmes se déclarent veuves sans pour autant disposer des documents officiels nécessaires pour faire valoir leurs droits.

Le document final de l’étude servira de guide pour agir sur deux leviers : l’amélioration de la position sociale de la veuve et l’amélioration de ses conditions de vie quotidiennes. En identifiant les problèmes région par région, le ministère pourra élaborer des stratégies déconcentrées, adaptées aux réalités locales de l’Extrême-Nord, de l’Est ou du littoral.

Vers une justice sociale durable

En clair, l’étude sur la situation des veuves au Cameroun s’inscrit dans une perspective de justice sociale et de promotion des droits humains. Elle ne vise pas seulement à produire un document de plus, mais à créer un levier pour des politiques publiques inclusives. Grâce à cette cartographie, le gouvernement camerounais se dote d’un instrument de navigation pour mener les veuves vers l’autonomisation, la protection juridique et, enfin, une intégration sereine et digne au sein de la société. Le rendez-vous est pris pour la restitution des travaux du consultant, qui promet de livrer la quintessence d’une réalité trop longtemps restée dans l’ombre.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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