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Journée Mondiale de la Femme Rurale 2026 : le Cameroun fait du financement des femmes rurales son cheval de bataille

Pour sa 31e édition, le Cameroun a choisi de placer la Journée Mondiale de la Femme Rurale sous le thème : « Investir dans la femme rurale : un levier pour la croissance économique et le développement durable ». Plus qu’un slogan, un changement de paradigme qui entend faire passer l’appui aux femmes rurales d’une logique d’assistance ponctuelle à une véritable stratégie d’investissement productif.

C’est un thème qui va au-delà de la célébration. En retenant « Investir dans la femme rurale : un levier pour la croissance économique et le développement durable », le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille envoie un signal clair : la femme rurale n’est plus perçue comme une bénéficiaire vulnérable à aider, mais comme l’actrice centrale de la transformation économique du Cameroun.

Car la réalité est têtue. Les femmes rurales assurent plus de 70% de la production agricole, transforment, conservent, commercialisent, nourrissent les ménages et font tourner les économies locales. Pourtant, elles restent les moins dotées en terre, en crédit, en technologie et en accès aux marchés. Le thème de 2026 pose donc une question frontale : comment transformer ce potentiel immense en véritable moteur de croissance ?

La réponse du Cameroun s’articule autour de trois dimensions.

Sur le plan économique, investir dans la femme rurale, c’est agir directement sur la productivité. C’est permettre l’augmentation des revenus des exploitations et des entreprises féminines, la création d’emplois locaux pour les jeunes filles, et surtout la captation de plus de valeur ajoutée. L’enjeu est de passer de la vente de matières premières brutes à la transformation et à la valorisation locale, de réduire les pertes post-récoltes qui ruinent des tonnes de production chaque année, d’améliorer l’accès aux contrats d’achat, aux chaînes de valeur, et de booster l’inclusion financière par l’épargne et l’investissement. C’est aussi une question de souveraineté : des activités féminines plus compétitives, c’est plus d’import-substitution et des économies locales plus fortes.

Sur le plan social, l’investissement est un multiplicateur. Il réduit la pauvreté et les inégalités entre les sexes, il sécurise l’alimentation et la nutrition des ménages, il renforce la résilience des communautés frappées par les crises climatiques, sécuritaires et les déplacements. C’est également ouvrir aux femmes rurales l’accès aux services essentiels, à l’information, au numérique et à la protection sociale.

Sur le plan environnemental, enfin, le Cameroun pose une condition : produire plus, mais produire mieux. L’investissement devra privilégier des modèles durables : l’agroécologie, l’économie circulaire, l’énergie solaire, l’irrigation économe en eau, la transformation sobre en énergie et la valorisation des sous-produits. L’objectif est de préserver les sols, l’eau, les forêts et la biodiversité tout en augmentant les rendements.

Au-delà de l’explication, ce thème ouvre six chantiers majeurs qui structureront les débats de cette 31e édition : comment améliorer l’accès des femmes rurales aux ressources productives et aux financements adaptés ? Comment les intégrer dans des chaînes de valeurs porteuses et rémunératrices ? Comment accélérer la transformation locale ? Comment faire du numérique et de l’innovation des outils d’autonomisation ? Comment leur ouvrir les marchés locaux, nationaux et internationaux ? Et surtout, comment mobiliser autour d’elles l’État, le secteur privé, les banques, les partenaires techniques et financiers et les collectivités territoriales décentralisées ?

Pour le gouvernement, l’ambition est claire et elle est résumée dans l’objectif général de cette édition : contribuer au renforcement des investissements en faveur de la femme rurale. Cela se décline en objectifs spécifiques : porter un plaidoyer national pour accroître les financements, renforcer les capacités techniques, entrepreneuriales et managériales, faciliter l’accès à la terre, aux crédits, aux technologies et aux infrastructures, moderniser les filières où les femmes sont majoritaires, vulgariser les innovations féminines qui contribuent à la sécurité alimentaire et à la création d’emplois, et renforcer leur résilience face aux chocs.

En somme, le Cameroun veut passer d’une logique d’appuis ponctuels à une logique d’écosystème complet : financement + compétences + actifs productifs + technologies + foncier + marchés + infrastructures + accompagnement entrepreneurial. Une équation où la femme rurale n’est plus au bout de la chaîne, mais au centre.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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