Un partenariat Public-Privé de type DBFM est au cœur de la stratégie du gouvernement camerounais pour moderniser la raffinerie nationale, SONARA. L’objectif est d’atteindre une autosuffisance financière, de dynamiser le chiffre d’affaires et d’attirer des investissements privés grâce à un cadre sécurisé et incitatif, marquant ainsi une rupture avec le soutien budgétaire récurrent de l’État.

Le gouvernement camerounais s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la modernisation de la Société Nationale de Raffinage (SONARA) en s’appuyant sur un Partenariat Public-Privé (PPP) d’une envergure nouvelle. Le modèle retenu, DBFM (Design, Build, Finance, Maintain), vise à transformer la raffinerie en une entité financièrement viable, capable de s’affranchir des subventions étatiques récurrentes. Cette approche ambitieuse projette une multiplication par 2,2 du chiffre d’affaires d’ici 2047, s’appuyant sur une règle d’or : « l’exploitation paie l’investissement ». Lancé dans le cadre d’une phase de « Market Sounding », ce projet vise à recueillir les observations cruciales des acteurs du marché – constructeurs, investisseurs et financiers – afin d’optimiser une conception déjà élaborée avec soin par les équipes gouvernementales et les experts impliqués.
Selon les informations émanant de sources proches du dossier, la trajectoire financière du projet, guidée par le montage DBFM, est conçue pour assurer une rentabilité pérenne. L’exploitation générée par la raffinerie opérera directement le remboursement des emprunts contractés et la couverture des charges d’exploitation, permettant ainsi à la SONARA de fonctionner de manière autonome. Cette autonomie financière est rendue possible, en grande partie, par l’intégration d’une unité d’hydrocraquage. Cet équipement clé, considéré comme une unité de conversion performante, est destiné à améliorer significativement les capacités de raffinage et, par conséquent, la rentabilité de l’ensemble de l’infrastructure. Les projections tablent sur une nette progression des résultats nets dès la mise en service complète des nouvelles capacités, consolidant le modèle d’autofinancement par la production issue de la réalisation.

Le dispositif de rémunération du partenaire privé est par ailleurs structuré autour d’un « mécanisme de disponibilité ». Ce mécanisme, activé uniquement dès la mise en service opérationnelle des unités, garantit qu’aucune rémunération n’est versée si l’outil de production ne fonctionne pas. Cette approche aligne directement les intérêts du privé sur la performance concrète et la capacité de production de la SONARA, renforçant ainsi l’engagement du partenaire dans le succès à long terme du projet.
Le contrat DBFM: un partage optimisé des risques et des responsabilités
Le schéma contractuel DBFM (Design, Build, Finance, Maintain) transcende la simple exécution d’un chantier. Il établit une collaboration approfondie et une répartition claire des responsabilités entre l’État et le partenaire privé, sur la durée complète du contrat.
Au stade du « Design », le partenaire privé est activement impliqué dans la conception de la raffinerie. Il a pour mission de définir le schéma de raffinage le plus optimal, en prenant en compte les objectifs de rendement, de performance opérationnelle et d’efficacité énergétique, tout en s’assurant que la conception réponde aux standards environnementaux et industriels les plus élevés.
L’étape du « Build » couvre la construction effective et la mise en place de toutes les nouvelles installations et la réhabilitation des infrastructures existantes. La responsabilité de la maîtrise d’œuvre, du respect des délais et des normes de qualité incombe intégralement au partenaire privé.
Le volet « Finance » est un élément central pour attirer les capitaux privés. Le partenaire sélectionné doit démontrer une capacité financière solide pour porter le financement de l’ensemble du projet, incluant les coûts de conception, de construction et les investissements initiaux nécessaires. L’État ne se substitue pas au privé dans cet effort, créant un engagement financier mutuel.

Enfin, le « Maintain » (Maintenance) assure la durabilité et la performance de l’outil sur le long terme. La maintenance préventive et corrective, y compris les opérations de maintenance de niveau 4 et 5 qui sont à forte valeur ajoutée technique, est confiée au partenaire privé. Celui-ci doit garantir le bon état de fonctionnement et la disponibilité des installations tout au long de la durée du contrat, assurant ainsi une exploitation continue et efficace.
Sécurisation de l’investissement privé : garde-fous et incitations
Conscient que l’attractivité pour les investisseurs privés repose sur la perception d’un risque maîtrisé et d’une rentabilité prévisible, l’État camerounais a mis en place un ensemble de mesures pour protéger le partenaire.
La rémunération future du privé sera étroitement adossée aux revenus générés par le projet et sécurisée par des mécanismes étatiques spécifiques. Techniquement, cela se traduira par la centralisation des recettes sur un compte bancaire dédié. Des priorités de paiement seront clairement définies entre le partenaire public et le partenaire privé, assurant ainsi que le retour sur investissement du privé soit une priorité.
Pour aller plus loin dans la sécurisation, un « mécanisme de garantie de revenu » protège le partenaire privé des aléas inhérents à l’activité industrielle ou aux fluctuations du marché. En cas de difficultés imprévues, l’État a prévu des mécanismes de soutien concertés pour compenser efficacement le partenaire. L’exploitation de la raffinerie demeure cependant sous l’égide de l’État, dans le cadre de la politique de libéralisation.
L’attractivité du projet est renforcée par d’autres leviers importants. Une « structure des prix » stabilisée pour les produits raffinés offrira une visibilité accrue sur les revenus futurs. De plus, une « protection via l’octroi de 80% de part de marché » sera mise en œuvre pour garantir au partenaire un volume d’activité suffisant. Ces différentes mesures visent à créer un environnement d’investissement stable et prévisible, essentiel pour attirer les capitaux nécessaires à la réhabilitation et à la modernisation de la SONARA, tout en assurant sa pérennité financière et sa contribution au développement économique du pays.
Oscar Abessolo

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