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Recul de l’insécurité alimentaire en Afrique: il faut désormais rendre ce progrès irréversible

L’année dernière, dans l’ensemble de l’Afrique, le nombre de personnes qui doutaient de pouvoir se procurer une nourriture adéquate ou étaient contraintes de réduire la qualité et la quantité de leur nourriture a diminué. Pour la première fois depuis dix ans, la situation en matière d’insécurité alimentaire s’est améliorée à l’échelle du continent. La proportion de la population souffrant de la faim a reculé pour la première fois en près de dix ans, passant de 20,3 pour cent en 2024 à 20 pour cent en 2025.

La prévalence de l’insécurité alimentaire modérée ou grave a reculé de 58,5 à 56,6 pour cent, soit 8,6 millions de personnes de moins. La prévalence de l’insécurité alimentaire grave a également diminué. Les cas de retard de croissance chez les enfants régressent. La faim, qui était en hausse sur le continent depuis 2017, semble même avoir cessé de gagner du terrain.
Ce changement, certes modeste, pourrait constituer un véritable tournant. Après une décennie marquée par une détérioration de la situation, l’Afrique a montré que l’architecture qui sous‑tend la sécurité alimentaire pouvait fonctionner.

Pour préserver ces progrès, un deuxième changement de cap sera nécessaire: il faudra aller au-delà de la seule réduction de la faim et mettre l’alimentation nutritive à la portée de chacun. Les investissements dans les institutions, les infrastructures et les marchés, de même que les choix budgétaires, influent sur les prix bien avant que les aliments ne parviennent aux ménages. Depuis vingt ans, un petit groupe de pays africains met en place les éléments constitutifs de cette architecture: la recherche agricole et des services de vulgarisation, des réseaux vétérinaires, des routes rurales et des liaisons avec les marchés, ainsi que des organismes statistiques qui mesurent les privations au moyen d’enquêtes auprès des ménages.

Ces acquis ont été obtenus alors même qu’il devenait de plus en plus difficile de compter sur les financements extérieurs. L’aide demeure indispensable, en particulier dans les pays touchés par un conflit, où elle permet aux populations de survivre. Toutefois, dans le contexte actuel, toutefois, les capacités nationales, des dépenses publiques plus judicieuses et des chaînes d’approvisionnement résilientes revêtent une importance accrue. La manière dont les gouvernements mobiliseront désormais ces instruments pour agir sur le coût d’une alimentation saine déterminera si l’année 2025 ouvre une nouvelle ère de progrès durables ou si elle restera une embellie sans lendemain.


L’Afrique reste confrontée à un défi en matière de sécurité alimentaire plus considérable que celui de toute autre région. Le continent compte 309 millions de personnes souffrant de la faim, soit plus que toute autre région du monde, et, d’ici à 2030, il abritera 56 pour cent de toutes les personnes qui seront encore confrontées à la faim dans le monde. Deux Africains sur trois n’ont pas les moyens de s’alimenter sainement et cette proportion continue d’augmenter, alors qu’elle diminue dans les autres régions du monde. Pourtant, ces progrès reposent sur des résultats nationaux obtenus dans la durée. Au cours des deux dernières décennies, le Sénégal a ramené la proportion de sa population souffrant de la faim de 15,8 à 5,3 pour cent. Au Togo, cette proportion est passée de 24,6 à 10,2 pour cent; au Ghana, de 11,1 à 6,4 pour cent; en Côte d’Ivoire, de 17,6 à 11,4 pour cent; au Rwanda, de 31,8 à 22,6 pour cent; et au Mozambique, de 29,2 à 22,3 pour cent, tous ces pays ayant maintenu le cap malgré les crises des prix et la pandémie. Des progrès d’une telle ampleur sont le résultat de politiques publiques et non des conditions météorologiques.


Il sera plus difficile de rendre l’alimentation saine abordable que de faire reculer la faim. L’obstacle réside dans le prix des aliments qui composent une alimentation saine, plutôt que simplement rassasiante: le lait, les œufs, le poisson, la viande, les fruits, les légumes et les légumineuses. Les aliments d’origine animale constituent le groupe d’aliments dont le coût est le plus important en Afrique et 69 pour cent des pays africains figurent, pour cette catégorie, dans le tercile des coûts les plus élevés à l’échelle mondiale, tandis que les féculents de base ne représentent qu’une part relativement faible du coût total d’une alimentation saine. Ces prix se forment maillon après maillon, sous l’effet des maladies animales, de chaînes du froid insuffisantes, de réseaux routiers défaillants, de coûts énergétiques élevés et de marchés locaux peu développés, bien avant que les produits ne parviennent sur les étals. Le prix des aliments de base n’a cessé de baisser, tandis que celui de nombreux aliments parmi les plus importants demeure obstinément élevé.


Les gouvernements africains peuvent financer une grande partie de cette transition en réorientant les subventions qu’ils versent déjà. En Afrique, une subvention générale de 10 pour cent à la production réduit d’environ 4 pour cent le coût d’une alimentation saine, soit à peu près la moitié de ce que la même somme permet d’obtenir en Amérique latine: la question tient donc davantage à l’affectation de ces budgets qu’à leur montant. Si on les oriente vers la santé animale, la sélection et l’aquaculture, les chaînes du froid, les routes rurales et une énergie moins chère, ainsi que vers la recherche sur les fruits, les légumes et les légumineuses indispensables à toute alimentation saine, la structure des coûts qui maintient l’alimentation saine hors de portée pour deux Africains sur trois commencera à évoluer.


Les systèmes africains ne sont pas encore en mesure d’assumer seuls tous les aspects de cet effort. Dans les pays pris au piège de crises alimentaires aiguës, ces mêmes États touchés par les conflits qui tirent les moyennes continentales vers le bas, l’assistance extérieure permet aux populations de survivre. Les services statistiques qui ont permis de rendre visibles les progrès enregistrés cette année dépendent eux aussi de financements aujourd’hui sous pression. Les estimations de 2025 décrivent la situation qui prévalait avant que les réductions opérées cette année ne produisent pleinement leurs effets; il faudra en payer le prix en 2026 et au-delà.
Une seule année de progrès ne suffit pas à établir une tendance, mais elle permet de mieux cerner la tâche à accomplir.

Les gouvernements africains ont montré ce que leurs systèmes étaient capables d’accomplir malgré les difficultés. Cette même capacité doit désormais être mobilisée pour agir sur le coût des aliments nutritifs, le seul chiffre qui continue d’évoluer dans la mauvaise direction. La première amélioration enregistrée depuis dix ans est acquise. Il faut désormais la pérenniser.

Source: FAO

Written by oscar

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