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Proteger sans diviser: le plaidoyer magistral du Pr Mouangue Kobila à Dakar


C’est une allocution de haute portée diplomatique, juridique et morale que le Pr James Mouangue Kobila a prononcée le 12 octobre 2026 à Dakar, au nom des 47 Institutions Nationales des Droits de l’Homme d’Afrique. Devant la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples réunie pour sa 89e session ordinaire et le 40e anniversaire de la Charte africaine, le Président du RINADH a livré un discours d’équilibre, de fermeté et d’anticipation qui repositionne les INDH au cœur de l’architecture africaine des droits.

Il y a des discours qui célèbrent et des discours qui orientent. Celui du Président du Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’Homme (RINADH), le Pr James Mouangue Kobila, appartient à la seconde catégorie. Invité à s’exprimer à la cérémonie d’ouverture de la 89e Session ordinaire de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP), en présence de la présidente de la Commission nationale sénégalaise, la Pr Amsatou Sow Sidibé, le patron du RINADH a transformé l’hommage au quarantenaire de la Charte africaine en une véritable feuille de route pour l’avenir.

La plus-value de son intervention tient d’abord à sa posture. Au nom des 47 INDH du continent, il a rendu un hommage appuyé à la résilience des peuples africains et à l’engagement durable de la CADHP, réaffirmant un engagement “inusable à travailler aux côtés de cet important mécanisme” pour que la promesse de la Charte se traduise par des améliorations concrètes. Un ancrage institutionnel fort qui légitime la parole du RINADH comme pont indispensable entre réalités nationales et mécanismes régionaux.

L’atout majeur du discours réside ensuite dans sa lucidité équilibrée sur les sujets les plus sensibles. Sur le très débattu projet de Charte africaine sur la protection de la famille, de la souveraineté et des valeurs religieuses et culturelles, le Pr Mouangue Kobila évite l’écueil de la confrontation. Tout en reconnaissant “la pertinence et la légitimité de l’appropriation des valeurs culturelles, de la souveraineté des Etats et du renforcement des familles”, il pose une ligne rouge doctrinale d’une clarté implacable : tout nouvel instrument doit “enrichir, compléter et optimaliser” les normes existantes, “et non les diluer, les amoindrir ou les affaiblir”. Une formulation qui protège l’acquis sans rejeter l’aspiration.

Même courage sur l’état de l’espace civique. Alors que le continent traverse un important cycle électoral, le Président du RINADH salue les exemples encourageants de participation pacifique, mais alerte sans détour sur le rétrécissement inquiétant de l’espace civique, particulièrement aigu lors des présidentielles, marqué par les restrictions arbitraires, les intimidations, la corruption et les atteintes à l’accès à l’information. Un diagnostic qui donne de la voix aux défenseurs, journalistes et avocats qui opèrent dans des environnements de plus en plus restrictifs.

La profondeur de l’analyse se révèle enfin dans sa capacité à connecter les crises classiques aux menaces émergentes. Chiffre à l’appui, citant le CICR qui dénombre plus de 50 conflits armés actifs en Afrique, soit 40% des conflits mondiaux, il rappelle le cortège de déplacés, d’insécurité alimentaire et de mobilisation d’une jeunesse en quête de reddition des comptes. Il enchaîne avec une alerte d’une actualité brûlante : la violence causée par les technologies. Coupures d’internet, restrictions d’accès, violences en ligne qui “brisent des vies bien au-delà des écrans” : le RINADH appelle la Commission et les Etats à renforcer les cadres juridiques de protection dans le plein respect des droits.

Sans oublier les fondamentaux : féminicides, sévices infligés aux enfants et leur recrutement par des groupes armés, exactions contre migrants et réfugiés, surpopulation carcérale, détentions provisoires prolongées et torture, pressions climatiques et foncières sur les communautés autochtones.

En clair, le Pr Mouangue Kobila a replacé les INDH comme “piliers indispensables” de l’architecture africaine, à condition qu’elles disposent de ressources suffisantes et soient protégées contre les représailles. Son appel final résume l’esprit de son plaidoyer : un dialogue ouvert, une coopération soutenue et une mise en œuvre effective des engagements.

Oscar Abessolo

Written by oscar

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