Dans une déclaration forte rendue publique ce 9 septembre 2026 à l’occasion de la 7e Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun exige la cessation immédiate des hostilités contre les écoles. Un message qui intervient dans un contexte particulièrement tendu, marqué par l’enlèvement de cinq enseignants dans le département de la Menchum, Région du Nord-Ouest, lors de la visite du sous-préfet pour la rentrée scolaire 2026-2027.

“Cessez immédiatement et définitivement toute hostilité”. L’injonction est directe, assumée, et nommément adressée. Dans sa déclaration officielle à l’occasion de la 7e édition de la Journée internationale pour la protection de l’éducation contre les attaques, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) sort du langage diplomatique feutré pour interpeller frontalement les membres des groupes terroristes sécessionnistes et ceux de Boko Haram.
Le thème retenu cette année par l’UNESCO – “L’éducation peut-elle survivre aux attaques ? La résilience des communautés humaines” – trouve une résonance tragique au Cameroun. La CDHC, qui rappelle que l’éducation est érigée par l’UNESCO au rang de “bien public mondial” et de “droit constitutionnel intangible”, déplore la persistance des attaques et exactions perpétrées par des groupes armés non étatiques, principalement dans les Régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.
Une journée sous le signe de l’enlèvement de la Menchum
Cette 7e journée intervient alors que la rentrée scolaire 2026-2027 vient à peine de s’ouvrir sous haute tension. Selon des informations concordantes, cinq enseignants ont été enlevés dans le département de la Menchum, dans le Nord-Ouest, à l’occasion même de la visite du sous-préfet venu superviser la reprise des cours. Un acte qui illustre, s’il en était besoin, la menace permanente qui pèse sur le corps enseignant, les apprenants et le personnel d’appui.

La Commission se dit préoccupée par ce qu’elle qualifie de “persistance de l’économie de la terreur”. Entre le 10 septembre 2025 et le 8 septembre 2026, la CDHC recense au moins quatre épisodes d’enlèvements ayant touché neuf membres du personnel éducatif, assortis de demandes de rançon d’un montant cumulé supérieur à 77 millions de francs CFA. Des enseignants transformés en monnaie d’échange.
Deux injonctions claires aux groupes armés
Au cœur de la déclaration du 9 septembre, deux recommandations spécifiques, d’une rare fermeté, sont adressées aux groupes armés :
Déjà de cesser immédiatement et définitivement toute hostilité, menace ou agression dirigée contre le corps enseignant, les apprenants et les Forces de défense et de sécurité, ainsi que de s’abstenir de toute destruction d’infrastructures éducatives, afin de favoriser la reconstruction et le développement économique des localités concernées.
Ensuite de déposer les armes sans délai et de rejoindre massivement les centres du CNDDR, le Comité national de désarmement, de démobilisation et de réintégration, afin de bénéficier des programmes de resocialisation, de formation professionnelle et de réinsertion économique mis en œuvre par l’État.
Un appel à la raison que la CDHC adresse également au CNDDR lui-même, qu’elle recommande de renforcer ses actions d’information et de sensibilisation pour accélérer le dépôt volontaire des armes.
La résolution 2601 de l’ONU toujours en souffrance
Au-delà de l’appel aux groupes armés, la Commission pointe un défi structurel : la lenteur dans la mise en œuvre de la résolution 2601 (2021) du Conseil de sécurité des Nations Unies. Ce texte majeur, consacré à la protection des écoles contre les attaques et leur utilisation à des fins militaires, peine à se traduire en actes concrets en matière de prévention, de préservation du caractère civil des écoles, de collecte de données et de poursuites contre les auteurs de violations.
La CDHC rappelle par ailleurs que sur les 220 recommandations acceptées par l’État du Cameroun lors du 4e cycle de l’Examen Périodique Universel le 26 mars 2024, six concernent directement la protection de l’éducation.
En cette journée symbolique, le message de l’institution nationale des droits de l’Homme est sans ambiguïté : sans école sécurisée, il n’y a ni résilience des communautés, ni avenir possible pour les régions en crise.
Oscar Abessolo


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