Le 21 février 2026, la terre de Nkoho, dans le Groupement Bafou de la Menoua, a rappelé le Commissaire Paul TÉZANOU, figure emblématique de la lutte pour les droits de l’homme et particulièrement de la promotion des personnes vivant avec un handicap au Cameroun. Décédé le 28 décembre 2025, son départ a laissé un vide immense au sein de la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC) et au-delà, comme en a témoigné la présence nombreuse, recueillie et empreinte de gratitude des personnalités administratives, traditionnelles et institutionnelles, ainsi que du personnel de la Commission.

La cérémonie officielle des obsèques, présidée par le Professeur James MOUANGUE KOBILA, président de la CDHC et par ailleurs président du Réseau des Institutions nationales africaines des Droits de l’homme (RINADH), fut le théâtre d’une reconnaissance publique de l’engagement exceptionnel de Paul TÉZANOU. Une importante délégation de la CDHC, conduite par son président, accompagnait le défunt dans son ultime demeure. Cette délégation témoigne de l’empreinte nationale, institutionnelle et communautaire laissée par Paul TÉZANOU. Elle comprenait le vice-président, huit commissaires, le chef de Division de la promotion et de la protection des Droits de l’homme, le contrôleur financier spécialisé, l’agent comptable, le chef de l’Antenne régionale du Nord-Ouest, et vingt-et-un membres du personnel de toutes catégories. Cette mobilisation sans précédent souligne l’estime et le respect unanimes dont jouissait le Commissaire TÉZANOU, reconnaissance attestée par la lettre de condoléances adressée au président de la CDHC le 2 mars 2026 par le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, le Ministre Joseph DION NGUTE. Dans cette missive, le Chef du Gouvernement célébrait la mémoire d’une « figure emblématique de la promotion et de la protection des Droits des personnes vivant avec un handicap au Cameroun, en Afrique et à travers le monde ». Ces mots résonnent comme un écho à la vie et à l’œuvre d’un homme qui a consacré son existence à faire entendre les voix les plus fragiles.

Dans l’hommage qu’il lui a alloué, le Professeur James MOUANGUE KOBILA a magnifié la personnalité lumineuse, diversement féconde et d’une puissance tranquille de Paul TÉZANOU. Il a inscrit le défunt dans la catégorie rare « des hommes dont la présence s’impose sans bruit, dont l’autorité ne procède ni du tumulte ni de l’affirmation spectaculaire, mais d’une force plus intérieure, plus sûre, plus durable ». Le président de la CDHC a salué avec une profonde admiration son « attachement constant à la déontologie et à l’éthique professionnelle » soulignant que sa fermeté inébranlable était toujours accompagnée d’une écoute attentive, et que sa conviction profonde n’excluait jamais l’élégance dans ses rapports humains et professionnels. Ces qualités faisaient de lui un interlocuteur respecté et un défenseur infatigable des droits fondamentaux.
Évoquant l’engagement passionné de Paul TÉZANOU en faveur des personnes vivant avec un handicap, le président du RINADH a affirmé une conviction qui animait le Commissaire : « il refusait toute hiérarchisation des combats. Pour lui, la défense des plus vulnérables n’était pas un engagement sectoriel ; elle était le baromètre même de la sincérité des principes proclamés ». Cette déclaration éclaire la profondeur de sa vision des droits de l’homme, où la lutte pour l’égalité et la dignité de tous ne pouvait être dissociée. Pour TÉZANOU, la véritable essence de la proclamation des principes résidait dans la manière dont la société protégeait et promouvait ceux qui étaient le plus souvent marginalisés ou oubliés. Sa conception des droits humains était holistique, considérant que le progrès se mesurait par l’inclusion de tous ses membres, sans laisser personne pour compte.

En conclusion de son discours, empreint d’une sincérité palpable, le Professeur MOUANGUE KOBILA a résumé avec émotion l’ampleur de la perte : « nous perdons un Commissaire d’une rare intégrité. Le Cameroun perd un artisan infatigable de l’inclusion. Les personnes en situation de handicap perdent une voix ferme et fraternelle ». Ces mots ont résonné auprès de l’assistance, rappelant la singularité de Paul TÉZANOU, un homme qui, malgré le handicap dont il était frappé depuis la naissance, s’était élevé pour devenir une voix puissante, non seulement pour les personnes handicapées, mais pour tous ceux qui aspiraient à une société plus juste et respectueuse des droits humains.
Au nom de la Commission des Droits de l’homme du Cameroun, des institutions nationales africaines et de tous ceux qui partagent ses idéaux, le Pr MOUANGUE KOBILA s’est incliné avec le plus grand respect devant la mémoire du défunt. Il a lancé un appel à la préservation de l’héritage précieux que Paul TÉZANOU laisse à la Nation : un héritage fait « d’exigence, de dignité et de résilience ». Ces valeurs, incarnées par le Commissaire TÉZANOU, doivent désormais guider les actions futures pour une société véritablement inclusive.

Né le 30 mai 1953 dans le groupement Bafou, département de la Menoua, le commissaire Paul TÉZANOU, aveugle de naissance, s’est imposé au fil des années comme une véritable icône du mouvement des personnes en situation de handicap. Son parcours fut marqué par une détermination sans faille et une intelligence remarquable. Sa nomination comme membre de la Commission nationale des Droits de l’homme et des libertés (CNDHL) par décret présidentiel n° 2014/541 du 10 décembre 2014 fut une étape majeure, reconnaissant ses mérites et son engagement. Suite à la réforme institutionnelle qui a donné naissance à la Commission des Droits de l’homme du Cameroun (CDHC), Paul TÉZANOU a été reconduit dans ses fonctions. Il fut nommé membre de cette nouvelle Institution nationale des Droits de l’homme (INDH) du pays par décret présidentiel n° 2021/110 du 19 février 2021, portant nomination des membres de la CDHC. Il a prêté serment le 29 avril 2021 devant la Cour suprême siégeant en Chambres réunies, scellant ainsi son engagement formel au service des droits humains. Jusqu’à son décès, il a représenté avec brio et constance les personnes vivant en situation de handicap au sein de cette haute institution, portant leurs préoccupations et plaidant pour leurs droits avec une éloquence rare et une conviction inébranlable. Son œuvre et son héritage constituent une source d’inspiration durable pour le Cameroun et l’Afrique dans la quête d’une véritable égalité et inclusion pour tous.
Oscar Abessolo, source : CDHC


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