15 ans pour les filles, 18 ans pour les garçons pour se marier. Une discrimination légale qui brise les rêves de milliers d’adolescentes. Au Forum des filles contre le mariage d’enfants à Yaoundé 6, le Ministere de le promotion de la femme et de famille et Fonds des Nations Unies pour la population ont appelé à investir sur la fille de 10 ans pour garantir son avenir.

Des regards, des rêves, des avenirs à protéger. C’est l’image qu’offrait le Centre de Promotion de la Femme et de la Famille de Yaoundé 6, ce week-end, à l’occasion du Forum des filles contre le mariage d’enfants. Organisé par le Ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) avec l’appui de l’UNFPA, en marge de la 15e Journée internationale de la fille, l’événement a rassemblé une centaine de jeunes filles autour du thème : “Mettre fin au mariage d’enfants et investir dans les droits des filles”.
La rencontre était présidée par NGUELE MEYANGA Élie Bernard, Directeur de la Promotion et de la Protection de la Famille et des Droits de l’Enfant, aux côtés de Mme Agnès Christelle NDONDOCK, Gender Specialist à l’UNFPA.
Le ton est donné d’entrée par le Directeur. Pour lui, il faut que les filles comprennent l’enjeu vital : “ce que nous voulons d’abord que ces jeunes filles retiennent, c’est que le mariage d’enfants est un frein à leur épanouissement social. Lorsqu’une jeune fille va en mariage tôt, elle perd son autonomie, elle perd son avenir, et elle ne peut pas efficacement contribuer au développement de la nation.”

L’arme pour lutter ? La connaissance de ses droits. “Une fille qui connaît ses droits est capable de dire à son père : Je ne voudrais pas aller en mariage, c’est très tôt pour moi”, insiste-t-il.
L’ordonnance de 1981 dans le viseur
Mais comment parler de mariage précoce quand la loi elle-même fait la différence ? Le MINPROFF dénonce ouvertement l’ordonnance du 29 juin 1981. “La Convention sur les droits de l’enfant définit l’enfant comme tout être humain en dessous de dix-huit ans. Donc tout mariage avant 18 ans est un mariage précoce. Au Cameroun, l’ordonnance de 1981 a fixé l’âge à 18 ans pour le garçon et à 15 ans pour la fille. C’est une discrimination. Le garçon a plus de chance de rester longtemps sur les bancs, tandis que la fille se retrouve très tôt hors du cadre éducatif pour aller en mariage”, explique M. NGUELE MEYANGA.
Une situation qui conduit au “maternage précoce”, où l’adolescente joue le rôle de maman sans en avoir l’âge ni les moyens.
Pourquoi miser sur la fille de 10 ans ?
L’UNFPA, par la voix de sa représentante, justifie sa stratégie phare : “Nous avons pensé qu’on devait s’appuyer sur la fille de 10 ans parce qu’à son âge, elle sort de la petite enfance et entre dans l’adolescence. Une fille mariée avant la maturité est plus encline à des grossesses à haut risque, avec risque de fistule obstétricale. En investissant sur elle maintenant, nous préparons une génération de femmes plus matures, plus autonomes, capables de décider du nombre d’enfants qu’elle peut avoir et du métier qu’elle peut exercer”.

Deux exposés concrets sont venus illustrer le propos : un cas pratique de mariage d’enfants présenté par Olivia Dongmo Ntouba, et l’agenda des droits des filles par Mme Mandio Anastasie.
Le 116, le réflexe qui sauve
Le MINPROFF rappelle qu’il ne prêche pas dans le désert. Un outil concret existe : le 116. “C’est une ligne gratuite créée pour vulgariser les droits, défendre et protéger. Elle permet aux populations, aux jeunes filles elles-mêmes, de dénoncer tous les cas de violence dont elles sont victimes”, rappelle le Directeur.
Un message fort pour clore le forum : une fille n’est pas une épouse, c’est une élève, une future médecin, magistrate, journaliste, avec le droit de choisir son destin.
Oscar Abessolo


GIPHY App Key not set. Please check settings