Alors que le monde célébrait la 41ème édition de la Journée Internationale de la Femme (JIF), la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun (CDHC) a rappelé avec force l’impératif de ne pas minimiser, ni boycotter cet événement crucial. Selon la Commission, toute négligence ou boycott de la JIF reviendrait à éroder la visibilité des enjeux fondamentaux liés à l’inégalité et à l’iniquité de genre, renforçant ainsi les écarts préexistants et invisibilisant les défis auxquels les femmes sont quotidiennement confrontées. Ces défis incluent la discrimination systémique, les violences basées sur le genre (VBG) et un accès inégal aux ressources de production et aux sphères de pouvoir. Un tel désengagement, à en croire la CDHC, menace inévitablement la solidité du plaidoyer en faveur des droits des femmes, freine leur autonomisation et affaiblit la solidarité mondiale. En effet, les sociétés qui ne placent pas ces questions au cœur de leurs priorités sous-estiment intrinsèquement les contributions, les compétences et le potentiel de plus de la moitié de leur population, ralentissant par la même occasion le progrès social, économique, démocratique et culturel.

Dans ce contexte, la CDHC tient à reconnaître l’influence déterminante de la jurisprudence de la Cour africaine des Droits de l’homme et des peuples (CADHP) sur les dynamiques juridiques à travers le continent en matière de droits des femmes. Les décisions de la Cour ont profondément marqué les esprits et les pratiques, notamment en ce qui concerne le droit à l’égalité devant la loi, le droit à une protection égale par la loi et, de manière substantielle, l’interdiction de toute discrimination fondée sur le sexe. Ces avancées juridiques constituent des piliers essentiels pour le combat en faveur de l’équité de genre.
La Commission salue également les initiatives concrètes entreprises par les pouvoirs publics et leurs partenaires. L’annonce de la nomination de Mme Marie Claire Dieudonné NSENG ELANG, une magistrate chevronnée, au poste de Procureur Général près la Cour Suprême, par décret présidentiel n° 2025/527 du 20 novembre 2025, représente une première historique pour une femme camerounaise. Cette nomination est un témoignage éloquent des progrès réalisés en matière de représentation des femmes aux plus hauts niveaux des institutions et de la reconnaissance de leurs compétences managériales et juridiques au sein de la gouvernance judiciaire.

Parallèlement, la signature récente d’un accord de partenariat entre le ministère de l’Enseignement supérieur (MINESUP) et le ministère de la Promotion de la femme et de la famille (MINPROFF) le 6 mars 2026, au Centre national de supervision du numérique universitaire à Mélen, Yaoundé, est une autre action louable. Placé sous le haut patronage de Madame Chantal BIYA, Première Dame du Cameroun et ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO, cet accord vise à promouvoir et encadrer les femmes et les personnes vulnérables par des programmes de formation en psychologie et de lutte contre les violences, axés sur l’enseignement et la recherche. La présence des 11 vice-chanceliers et recteurs des universités d’État du Cameroun à cette cérémonie souligne l’importance accordée à cette initiative pour le développement du capital humain et la résilience des populations.
Cependant, malgré ces avancées et engagements, la CDHC exprime sa profonde préoccupation face à la persistance de problématiques majeures. La sous-représentation flagrante des femmes dans les instances de décision publique demeure un obstacle majeur. Bien que la Politique nationale genre et la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 visent un objectif de 30 % de représentation minimale des femmes, la réalité sur le terrain est loin d’atteindre ce seuil. Actuellement, les femmes ne constituent qu’environ 16 % des membres du Gouvernement, 26 % des sénateurs, quelque 24 % des conseillers municipaux et 22,88 % des conseillers régionaux. Cet écart significatif entre les engagements politiques déclarés et leur application effective sur le terrain met en lumière une lacune qui doit impérativement être comblée pour une gouvernance véritablement inclusive.

La persistance des violences basées sur le genre (VBG) est une autre source d’inquiétude majeure pour la Commission. Le phénomène croissant des féminicides et des violences domestiques est particulièrement alarmant, exacerbé par la lenteur des procédures judiciaires et le recours fréquent à des règlements à l’amiable qui, souvent, ne rendent pas justice aux victimes. Un cas récent particulièrement tragique concerne le viol et l’assassinat de deux élèves du Lycée bilingue de Kribi, Sidonie Zeh Eyamo. Ce drame met en lumière la vulnérabilité persistante des femmes et des filles face à la violence, et l’urgence d’un système judiciaire plus réactif, plus sensible aux droits des victimes et rigoureux dans la sanction des auteurs.

En clair, la 41ème Journée Internationale de la Femme, au prisme des actions et des constats de la CDHC, réaffirme la nécessité d’une vigilance constante et d’un engagement renouvelé. Il ne suffit pas de reconnaître l’importance de cette journée ; il est impératif de traduire cette reconnaissance en actions concrètes, en réformes structurelles et en une application rigoureuse de la loi pour garantir l’égalité réelle, la sécurité et la pleine participation des femmes à tous les niveaux de la société.
Oscar Abessolo


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