Malgré des investissements conséquents et des projets d’envergure en cours, le réseau routier camerounais, fort de ses 10576 km de routes bitumées, ploie sous le poids de la dégradation rapide. L’urgence de l’entretien et de la réhabilitation des voies déjà opérationnelles est plus criante que jamais pour éviter un effondrement des infrastructures, malgré les efforts sur le terrain qui se poursuivent jusqu’en 2027.

Le réseau routier camerounais est un sujet de préoccupation constant. Alors que le pays s’attelle à étendre son maillage de routes bitumées, un défi colossal se pose avec acuité : la maintenance et la réhabilitation des tronçons existants. Chaque année, les chiffres confirment une réalité implacable : l’usure due notamment à une pluviométrie intense et à des facteurs structurels divers érode le patrimoine routier national. Si de nouvelles routes sortent de terre, il devient impératif de consacrer autant, voire plus, d’attention et de ressources à l’entretien de celles qui sont déjà opérationnelles, et dont le visage se dégrade au jour le jour, transformant parfois des autoroutes en véritables labyrinthes de nids-de-poule, souvent aggravés par une gestion défaillante des systèmes d’évacuation des eaux.
Face à cette situation, des interventions majeures sont actuellement en cours d’exécution. Ces projets, au nombre de 141, couvrent globalement un linéaire impressionnant de 7599,3 km de routes et 4247,73 mètres linéaires d’ouvrages d’art. Ces travaux se décomposent en plusieurs catégories : 1749,43 km de routes en cours de bitumage (extension du réseau), mais surtout, 1327,59 km de routes bitumées qui font l’objet de réhabilitation, et 4522,28 km de routes bitumées en cours d’entretien. S’ajoutent à cela 3527,73 ml d’ouvrages d’art en construction et 720,00 ml en réhabilitation. La livraison de ces multiples projets est programmée au plus tard pour l’année 2027, marquant une volonté d’accélérer la cadence des travaux.

Cependant, la répartition de ces projets sur les dix régions du pays révèle l’ampleur des besoins et la dispersion des efforts. Dans la région de l’Adamaoua, 16 projets visent la construction de 94 km de routes nouvelles et l’entretien de 2061,55 km. La région du Centre, quant à elle, déploie 24 projets pour 227,46 km en construction, 374,60 km en réhabilitation et 177,28 km en entretien. L’Est bénéficie de 7 projets, avec 445,09 km en construction et 371,62 km en entretien. L’Extrême-Nord compte 20 projets, incluant 111,02 km en construction, 474,73 km en réhabilitation et 228,99 km en entretien. Le Littoral, avec 18 projets, enregistre 262,09 km en construction, 309,76 km en réhabilitation et 90,67 km en entretien. Dans le Nord, 8 projets se concentrent sur 1114 km de routes en entretien. Le Nord-Ouest, avec 10 projets, voit 108 km en construction, 22,93 km en réhabilitation et 59,3 km en entretien. L’Ouest mobilise 9 projets, visant 157,57 km de constructions nouvelles, 71,4 km de réhabilitation et 180,31 km d’entretien. Le Sud compte 25 projets, pour 233,2 km en construction, 74,17 km en réhabilitation et 156,65 km en entretien. Enfin, le Sud-Ouest, avec 4 projets, prévoit 111 km de construction et 81,91 km d’entretien.
Ces chiffres témoignent d’une dynamique certaine, mais ils ne sauraient masquer la nécessité primordiale de l’entretien courant. Les tronçons bitumés, une fois livrés, nécessitent une surveillance et des interventions régulières pour prévenir les dommages importants. L’absence de caniveaux fonctionnels ou leur obstruction par les déchets aggravent l’érosion des chaussées, prolongeant la durée de vie des dégradations. La forte pluviométrie, caractéristique de certaines régions, accélère inexorablement le cycle de détérioration si des mesures préventives et curatives ne sont pas systématiquement mises en œuvre.

L’impératif est donc de maintenir un équilibre dynamique entre l’extension du réseau et la préservation de ce qui existe déjà. Soutenir et même renforcer les budgets et les capacités dédiés à l’entretien périodique est une stratégie plus économique et durable à long terme que de devoir systématiquement reconstruire. L’urgence de l’entretien des routes bitumées au Cameroun n’est pas un appel à suspendre les projets de développement, mais un rappel pressant que la pérennité de l’investissement public dans les infrastructures routières dépend intrinsèquement de la vigueur et de la régularité des actions d’entretien et de réhabilitation ciblées, afin d’assurer la fluidité du trafic et le développement économique du pays.
Oscar Abessolo


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