À la veille de la célébration de la 140ème édition de la Fête Internationale du Travail, le ministère des travaux publics (MINTP) a abrité une conférence bilingue, dont l’un des sous-thème “Main-d’œuvre locale : les contraintes de l’optimisation” développé par le Pr Esse Corine, a mis en lumière le rôle pivot de la force de travail nationale dans la métamorphose des projets d’infrastructures en véritables moteurs de développement durable.

Loin d’être une simple question d’emploi conjoncturel, l’optimisation de la main-d’œuvre locale a été présentée comme une démarche intégrée des politiques publiques. L’objectif est de transformer les investissements massifs dans les infrastructures routières, éducatives, sanitaires, ou encore celles relatives à l’adduction d’eau et aux équipements socio-économiques, en opportunités structurantes et pérennes pour les populations riveraines et les économies locales. Concrètement, cette approche multifacette vise à générer des revenus directs, à renforcer les compétences techniques locales et à dynamiser le tissu économique des territoires concernés, tout en permettant une réduction significative de certains coûts de projet.
Dans son intervention, le Pr Esse Corine a structuré sa réflexion autour de trois axes fondamentaux : les objectifs poursuivis, les stratégies de mise en œuvre au sein du MINTP, et les conditions indispensables à leur succès. Au cœur de ces objectifs figure la lutte contre la pauvreté, non seulement par la création d’emplois, mais surtout par l’injection directe de revenus dans les économies de proximité. L’approche contribue également au renforcement des compétences des travailleurs, qui acquièrent une expérience précieuse sur le terrain, réduisant ainsi la dépendance vis-à-vis de l’expertise extérieure. Un autre bénéfice majeur réside dans l’appropriation des infrastructures par les communautés, élément déterminant pour leur entretien à long terme et leur durabilité. Enfin, cette politique favorise le développement des Petites et Moyennes Entreprises (PME) locales et diminue les coûts logistiques généralement associés aux projets d’envergure.
Pour concrétiser ces ambitions, le MINTP déploie et perfectionne plusieurs stratégies opérationnelles. Parmi celles-ci, le recours accru aux approches à Haute Intensité de Main-d’œuvre (HIMO) constitue un pilier essentiel, favorisant l’embauche massive de la main-d’œuvre locale. L’intégration de clauses contractuelles contraignantes dans les marchés publics, imposant des quotas stricts de recrutement local et encourageant la sous-traitance au profit des PME camerounaises, est une autre mesure clé. La valorisation des matériaux disponibles sur les sites de construction contribue également à l’économie locale et à la réduction de l’empreinte écologique. Parallèlement, des programmes de formation professionnelle ciblée sont mis en place pour qualifier rapidement la main-d’œuvre non qualifiée, garantissant ainsi son employabilité et la qualité des ouvrages réalisés. L’implication des communautés locales dès la phase de planification des projets et un soutien actif à l’entrepreneuriat local, visant à faciliter l’accès des entreprises nationales aux marchés publics, complètent ce dispositif.

Cependant, la réussite de cette stratégie intégrée ne va pas sans son lot de défis. Le Pr Esse Corine a insisté sur la nécessité d’une formation continue et adaptée des travailleurs locaux pour assurer non seulement leur employabilité, mais aussi l’excellence technique requise pour des ouvrages modernes et durables. Un suivi rigoureux des travaux est également indispensable pour garantir la conformité et la pérennité des réalisations. La transparence dans tous les processus, qu’il s’agisse du recrutement ou de l’attribution des marchés, est un facteur crucial pour prévenir les tensions sociales et assurer l’équité. Enfin, une concertation permanente et de qualité entre les équipes projet, les autorités locales et les populations reste le gage d’une acceptation sociale et d’une efficacité opérationnelle optimales.
Les retours d’expériences sur certains projets routiers récents commencent déjà à montrer des résultats très encourageants, attestant de la viabilité et de la pertinence de cette approche. Ces succès tangibles confirment que l’optimisation de la main-d’œuvre locale est une réalité opérationnelle au potentiel immense, qu’il convient désormais de renforcer, de généraliser et d’institutionnaliser davantage au sein de toutes les politiques d’aménagement du territoire.
Le Pr Corine Esse a d’ailleurs tenu à souligner l’impact concret de cette démarche : “Lorsqu’on parle d’optimisation de la main d’œuvre locale, il ne s’agit pas d’une vue de l’esprit, mais d’indications et de faits concrets qui contribuent à ramener les projets routiers au niveau du développement local, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie des populations.” Ces propos résonnent d’autant plus que le constat sur le terrain, tel que relevé lors de l’expertise de la main-d’œuvre locale camerounaise, indique souvent une pyramide des compétences large au sommet, avec de nombreux ingénieurs et techniciens supérieurs, mais des axes d’amélioration à d’autres niveaux de qualification. L’optimisation proposée par le MINTP vise justement à combler ces écarts et à valoriser l’ensemble du potentiel humain national.
Oscar Abessolo


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