La récente présentation de la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille (MINPROFF) devant la Représentation Nationale, le 19 juin dernier, a dressé un tableau clair de la situation nationale concernant la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). Si les efforts déployés par le gouvernement camerounais pour éradiquer ce fléau sont notables et ont permis des avancées réelles, force est de constater que la route est encore longue. Les défis demeurent considérables, entravant l’éradication complète des VBG et la protection effective des victimes, tout en ouvrant la voie à des perspectives d’action concrètes à court terme.

Malgré l’engagement politique et les initiatives sectorielles, plusieurs facteurs continuent de favoriser la persistance des violences basées sur le genre, incluant les féminicides, qui choquent régulièrement l’opinion publique. Parmi les obstacles majeurs identifiés, figure notamment l’accès insuffisant à des services intégrés, gratuits et confidentiels pour les victimes. Souvent, les structures d’aide manquent de moyens ou de portée géographique, laissant de nombreuses femmes et filles sans recours immédiat et sécurisé. La coordination intersectorielle, bien qu’en amélioration, reste encore limitée. L’efficacité des actions dépend d’une synergie parfaite entre les ministères, les ONG, les forces de l’ordre et le système judiciaire, une collaboration qui connaît encore des lenteurs et des lacunes.
La persistance des crises sécuritaires dans les Régions de l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest constitue un autre défi majeur. Ces zones, marquées par l’instabilité, rendent difficile la mise en œuvre des programmes de prévention et d’assistance, tout en exposant les populations, et particulièrement les femmes et les filles, à des risques accrus de violences, d’exploitation et de traites.

L’impunité des auteurs de VBG et la faible application des textes règlementaires relatifs à ces violences demeurent un écueil persistant. Le manque de sanctions dissuasives encourage la répétition des actes et démotive les victimes à dénoncer. Cette situation est aggravée par une faible harmonisation de la législation nationale avec les conventions internationales ratifiées par le Cameroun, créant des vides juridiques ou des incohérences dans le traitement des affaires. De plus, le faible financement alloué au genre, et plus spécifiquement à la lutte contre les VBG, limite la capacité des institutions à déployer des stratégies efficaces et pérennes.
D’autres facteurs sociaux et procéduraux compliquent la situation. La faible dénonciation des cas, souvent due à la peur des représailles, à la honte ou à la méfiance envers les institutions, ainsi que la culture des arrangements dits à « l’amiable » qui légitiment l’impunité, privent les victimes de justice. Lorsque les affaires sont portées devant la justice, la durée relativement longue des procès, la méconnaissance des procédures par les justiciables et la méfiance à l’égard du système judiciaire constituent des barrières supplémentaires significatives.

Ces constats, bien que préoccupants, ne doivent pas occulter les avancées. L’objectif est désormais, comme l’a souligné l’intervention de l’Honorable Toukam Tela, d’aller plus loin et plus vite. Afin de répondre plus efficacement aux défis actuels et de réduire systématiquement l’ampleur des violences, le MINPROFF a déjà delineé des actions déterminantes à court terme. Ces mesures incluent notamment le suivi de l’adoption du projet de loi sur les violences basées sur le genre, une étape législative cruciale pour renforcer le cadre juridique. Parallèlement, le ministère s’engage à renforcer le mécanisme opérationnel chargé de la coordination de la prévention et de la lutte contre les VBG, afin d’améliorer la synergie entre les acteurs. Enfin, un accent sera mis sur le renforcement du système de collecte et d’analyse des données relatives aux VBG, essentiel pour une meilleure compréhension du phénomène, une évaluation des politiques et une allocation plus ciblée des ressources.
Oscar Abessolo

GIPHY App Key not set. Please check settings