Dans une lettre ouverte adressée ce 30 septembre 2026 au Président Paul Biya, le journaliste et Conseiller Régional, Raymond Materne Mekamba Mekamba plaide pour le réexamen de la suspension d’un mois infligée à Vision 4 par le CNC. Au-delà du cas du Groupe L’Anecdote, son argumentaire soulève un débat crucial : comment concilier l’autorité du régulateur et la préservation de centaines d’emplois dans un secteur médiatique déjà fragile ? Analyse des grands axes de ce plaidoyer.

C’est un texte à la fois respectueux des institutions et politiquement habile. Alors que la décision du Conseil National de la Communication (CNC) de suspendre Vision 4 pour un mois, à l’issue de sa 48e session extraordinaire du 29 septembre, continue de faire des vagues, le Conseiller Régional du Sud et DP du Reporter Hebdo, Raymond Materne Mekamba Mekamba, choisit la voie directe : interpeller le Chef de l’État. Sa lettre ouverte, qui se veut un plaidoyer pour l’emploi, repose sur quatre piliers argumentaires majeurs.
Le rappel factuel et la reconnaissance de l’autorité du CNC
L’auteur ne conteste pas la décision du régulateur. Il la contextualise avec précision : non-exécution d’une précédente décision, manquements liés à des convocations, propos tenus à l’antenne. En citant les motifs invoqués par le CNC, Mekamba Mekamba évite le piège de la confrontation.
Mieux, il réaffirme d’entrée de jeu le principe : “Il ne s’agit nullement de nier le rôle du CNC, ni la nécessité pour les médias de respecter les règles professionnelles, l’éthique et la déontologie. La liberté de la presse va de pair avec la responsabilité.” Cette posture est stratégique : elle crédibilise la suite de son propos et le place non comme un défenseur aveugle de Vision 4, mais comme un professionnel soucieux de l’équilibre institutionnel.
Le cœur du plaidoyer : le glissement du contentieux administratif vers l’enjeu social
C’est l’axe le plus fort de la lettre. L’auteur opère un déplacement du débat. Pour lui, l’affaire n’est plus seulement un contentieux entre le CNC et le Groupe L’Anecdote, mais une question de survie économique pour un écosystème. Il martèle une formule choc : “Vision 4 n’est pas uniquement une fréquence, un écran ou une entreprise. C’est également un outil de travail qui fait vivre de nombreux Camerounais.” Il énumère : journalistes, techniciens, cameramen, monteurs, réalisateurs, présentateurs, mais aussi chauffeurs, agents de sécurité, prestataires.
L’argument est de transformer une sanction visant des responsables – le propriétaire Jean-Pierre Amougou Belinga et certains éditorialistes – en une sanction collective qui frappe des travailleurs “qui ne sont pas nécessairement responsables des manquements reprochés”. Dans un contexte national marqué par le chômage et la vie chère, l’auteur brandit le spectre d’une “bombe sociale autour de l’emploi”.
L’appel à l’arbitrage présidentiel comme garant de la cohésion sociale
Pourquoi s’adresser à Paul Biya ? La lettre répond subtilement. L’auteur ne demande pas au Président d’annuler la décision du CNC, ce qui serait une ingérence. Il sollicite son arbitrage en tant que “garant de la stabilité des institutions, de la cohésion sociale et de la préservation de la paix”.
Il demande un “réexamen” de la mesure, “dans le respect des compétences des institutions et des voies de droit existantes”, pour trouver une solution qui concilie trois impératifs : l’autorité de la régulation, la responsabilité des professionnels et la protection des travailleurs. C’est une demande de proportionnalité de la sanction. En clair : peut-on sanctionner les fautifs sans fermer l’usine ?
La philosophie finale : l’homme au cœur de l’action publique
La lettre se conclut sur une élévation philosophique qui résume la pensée de l’auteur : “Il appartient aux professionnels des médias de respecter les règles. Il appartient également aux institutions de régulation de faire respecter ces règles. Mais il appartient à la République de veiller à ce que, dans la recherche de cet équilibre, l’homme et la préservation de son emploi demeurent au cœur de l’action publique.”
En filigrane, Raymond Materne Mekamba pose une question qui dépasse Vision 4 : quelle régulation voulons-nous pour notre paysage médiatique ? Une régulation purement punitive, qui peut détruire des entreprises et des emplois, ou une régulation corrective, qui sanctionne tout en préservant l’outil de production et les familles qui en dépendent ?
En interpellant le Chef de l’État à la veille du mois d’octobre, période socialement sensible, l’auteur de cette lettre ouverte a réussi à transformer une décision du CNC en un véritable test pour la doctrine sociale du Renouveau.
Oscar Abessolo

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