Alors que la Région africaine célèbre les fermetures de foyers de poliovirus dans cinq pays, l’OMS alerte sur la résurgence du virus à Madagascar et le manque de financement qui menace l’éradication.

Chaque enfant devrait avoir la chance de grandir sans polio. Le rappel du Dr Mohamed Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, à l’occasion de la Journée mondiale de la polio 2026, est à la fois un constat d’espoir et un cri d’alarme. Six ans après la certification historique de la Région africaine comme exempte de poliovirus sauvage indigène en 2020, le continent confirme sa capacité à gagner la bataille. Des évaluations indépendantes ont confirmé cette année la fermeture de foyers de poliovirus de type 2 au Burundi, au Ghana, en Guinée-Bissau, en République du Congo et en Ouganda. Une victoire du leadership et de l’action collective.
Mais cette victoire est fragile. La détection du poliovirus de type 1 à Madagascar, un an à peine après la fermeture d’une précédente épidémie en 2025, illustre parfaitement le message du Dr Janabi : les progrès peuvent être anéantis dès qu’une brèche persiste dans la couverture vaccinale.
168 millions d’enfants vaccinés, mais des zones encore oubliées
Le combat continue sur le terrain. Entre janvier et septembre 2026, plus de 168 millions d’enfants ont reçu au moins une dose de vaccin lors de 55 campagnes menées dans 22 pays. Derrière ce chiffre, des agents de santé parcourant des kilomètres, des chefs communautaires bâtissant la confiance, des parents faisant le geste qui sauve. La stratégie transfrontalière porte ses fruits. En mars, une campagne coordonnée entre l’Angola, la RDC et la Namibie a permis de vacciner plus de 10 millions d’enfants, guidée par les preuves en laboratoire de virus génétiquement liés.
Pourtant, la machine s’enraye faute de moyens. Les contraintes de financement obligent l’OMS et ses partenaires à faire des choix douloureux : prioriser les zones à haut risque et laisser d’autres communautés vulnérables sans protection suffisante. La situation est jugée particulièrement préoccupante dans le bassin du lac Tchad et en RDC, où la transmission reste un défi majeur. En RDC, les cycles supplémentaires nécessaires pour stopper l’épidémie de type 2 ne sont toujours pas financés, compromettant les objectifs d’éradication de 2026.
La routine vaccinale, le maillon faible
Le Dr Janabi insiste : une dose ne suffit pas. Chaque enfant a besoin de toutes les doses recommandées, soutenues par une vaccination de routine fiable. Conflits, déplacements, éloignement et hésitation vaccinale sont autant d’obstacles. La réponse doit être double : rapprocher les services des familles et écouter les inquiétudes des parents avec respect.
Pour repérer les failles, l’Afrique mise sur la science. Les tests des eaux usées permettent de détecter le virus avant même l’apparition d’un cas de paralysie. Les outils géospatiaux localisent les communautés oubliées. En 2025, les laboratoires de la Région ont analysé plus de 100 000 échantillons, dont plus de 90% dans les délais. La capacité de séquençage est passée de deux à quatre laboratoires, faisant passer la rapidité des résultats de moins de 50% à près de 70%. Cette année, l’accréditation du laboratoire de Maiduguri au Nigeria et l’expérimentation du séquençage nanopore à détection directe devraient encore réduire les délais de riposte.
Des acquis qui servent au-delà de la polio, comme le montre leur mobilisation dans l’épidémie d’Ebola en cours en RDC. C’est tout l’objet du Cadre régional pour la transition et la pérennisation 2026-2035, adopté en août lors de la 76e session du Comité régional de l’OMS pour l’Afrique : intégrer l’expertise polio dans les systèmes de santé nationaux pour renforcer durablement la vaccination de routine et la préparation aux urgences.
Faisant écho à l’appel du Rotary International “Un jour, un objectif : mettre fin à la polio pour de bon”, le Dr Janabi a salué l’engagement des Rotariens, des gouvernements et des donateurs – Canada, Banque européenne d’investissement, Fondation Gates, Allemagne, Émirats arabes unis et Centre Roi Salman.
Son appel final est clair : l’éradication est à portée de main, mais elle exige une mentalité d’urgence, un financement prévisible et un leadership politique maintenu. Sans cela, la polio continuera de chercher la moindre faille.
Oscar Abessolo, Source OMS

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