À l’occasion de la 32e Journée Internationale des Populations Autochtones, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun à mis l’accent sur la sensibilisation des pouvoirs publics et la reconnaissance du rôle vital des sages-femmes autochtones, en conformité avec le thème 2026 à savoir: “Rendre hommage aux sages-femmes autochtones : préserver la vie et le bien-être”.

Yaoundé, 9 août 2026. La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun, CDHC, marque la 32e édition de la Journée Internationale des Populations Autochtones, JIPA, par un double engagement : sensibiliser davantage aux défis des peuples autochtones et reconnaître la valeur de leurs savoirs, en particulier ceux des sages-femmes.
Sensibiliser pour garantir les droits et la participation
Pour la CDHC, la JIPA poursuit un double objectif. D’abord, interpeller les États sur les réalités, les défis et les droits des peuples autochtones. Ensuite, valoriser leur diversité culturelle, leurs savoirs traditionnels et leur contribution essentielle au développement durable.
La Commission exhorte ainsi l’État, les Institutions Nationales des Droits de l’Homme et l’ensemble des acteurs à renforcer les mesures garantissant la participation pleine, effective et inclusive des populations autochtones à la vie publique. Une exigence conforme aux normes internationales relatives aux Droits de l’Homme.

Dans cette dynamique, la CDHC rappelle son implication directe. Sous la conduite de son Président, également Président en exercice du Réseau des Institutions Nationales Africaines des Droits de l’Homme, elle a pris part à l’Assemblée générale de l’Alliance des peuples autochtones et des communautés locales pour la conservation en Afrique, tenue du 26 au 31 mai 2026 à Yaoundé. À cette occasion, il a été réaffirmé que « la protection des peuples autochtones ne se limite pas à la préservation de leur patrimoine foncier, mais couvre tous les droits consacrés dans la Déclaration des Nations Unies de 2007, y compris les droits de participation politique ».
Reconnaître le rôle des sages-femmes autochtones
Le thème retenu par l’ONU pour 2026, “Rendre hommage aux sages-femmes autochtones : préserver la vie et le bien-être”, trouve un écho particulier auprès de la CDHC. La Commission appelle chaque Gouvernement à honorer ces femmes qui sont à la fois détentrices de savoirs ancestraux et dispensatrices de soins de première ligne.
Elle insiste sur la nécessité de réaffirmer la valeur durable des systèmes de connaissances autochtones dans la préservation de la vie et de promouvoir des approches de santé culturellement adaptées pour le bien-être des générations futures.
Pour donner corps à cette reconnaissance, la CDHC recommande au MINAC, en collaboration avec le MINAS et le MINSANTÉ, de concevoir des programmes intégrés de documentation, de sauvegarde et de transmission intergénérationnelle des savoirs des sages-femmes autochtones. Ces programmes devront être mis en œuvre avec le consentement libre, préalable et éclairé des communautés, et en associant autorités traditionnelles, organisations de femmes et communautés concernées.
Des avancées concrètes saluées et des rappels jurisprudentiels
La Commission salue les efforts des pouvoirs publics. Elle cite notamment l’organisation de la première édition du South West Cultural Festival à Buéa du 27 février au 1er mars 2026, sous l’impulsion du MINAC. Un événement visant à promouvoir la cohésion sociale et à transmettre le patrimoine culturel aux jeunes générations.
Elle se félicite également de la prise en compte de ses recommandations par le BUNEC. Dans sa correspondance du 15 avril 2026, le Bureau national de l’état civil a intégré dans son Plan stratégique 2025-2029 et son PPA 2026 des actions pour améliorer l’enregistrement des faits d’état civil des populations autochtones.
Sur le plan juridique, la CDHC rappelle l’arrêt de principe de la Cour africaine des Droits de l’Homme et des Peuples du 26 mai 2017. La Cour y reconnaît aux Ogiek du Kenya le statut de communauté autochtone méritant une protection spéciale, et réaffirme l’obligation de l’État d’obtenir leur consentement libre, préalable et éclairé avant toute mesure affectant leurs terres.

Dénoncer les obstacles : la corruption au cœur des préoccupations
La CDHC souligne que la corruption demeure un frein majeur à la jouissance des droits des populations autochtones. Elle détourne les ressources destinées à la santé, à l’éducation et à la protection sociale. Elle favorise aussi l’exploitation illégale des terres et des forêts, souvent au mépris du consentement des communautés.
S’agissant du thème de 2026, la Commission note que la corruption fragilise directement le soutien aux sages-femmes autochtones en privant les structures sanitaires de base de médicaments, d’infrastructures et de programmes de valorisation des médecines traditionnelles.
Les recommandations de la CDHC pour 2026
Fidèle à sa mission, la Commission réitère ses recommandations aux ministères sectoriels. Au MINAS, MINSANTÉ, MINPROFF et MINAT, elle demande d’assurer la participation des représentants légitimes des populations autochtones, y compris des sages-femmes, à l’élaboration de toutes les politiques de santé, de culture, d’environnement et de développement local.
Aux Organisations de la Société Civile, la CDHC demande de renforcer la sensibilisation et l’éducation communautaire sur les droits des femmes et des filles autochtones. L’objectif est de valoriser le rôle essentiel des sages-femmes dans la santé maternelle, infantile et le bien-être des communautés.
En cette 32e JIPA, la CDHC réaffirme ainsi sa posture : sensibiliser pour faire connaître les droits, reconnaître pour mieux protéger. Une démarche indispensable pour que les peuples autochtones du Cameroun, gardiens de savoirs millénaires, occupent pleinement leur place dans le développement national.
Oscar Abessolo


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