Alors que les crises se superposent et que les incertitudes s’accumulent, le citoyen camerounais se retrouve au cœur d’une tempête multidimensionnelle. Des crises sécuritaires aux zones de conflit, en passant par l’érosion du pouvoir d’achat, le délabrement urbain et les caprices d’un climat de plus en plus hostile, la question n’est plus seulement de savoir comment le pays progresse, mais comment l’individu y survit. Jusqu’où la résilience légendaire de ce peuple pourra-t-elle masquer les failles béantes d’un système à bout de souffle ?

Le Cameroun, autrefois cité comme un havre de stabilité en Afrique Centrale, traverse aujourd’hui une zone de turbulences dont les secousses se font sentir dans chaque foyer. Ce qui frappe l’observateur contemporain, ce n’est pas l’émergence d’un mal unique, mais la confluence de plusieurs fléaux qui finissent par paralyser le corps social et économique de la nation.
Sur le plan sécuritaire, le pays est en proie à des déchirures profondes. Le conflit armé qui s’enlise dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest continue de consumer des vies et des ressources précieuses. Au-delà de ces théâtres d’opérations, c’est l’insécurité urbaine qui gagne du terrain. La montée de la criminalité dans les grandes métropoles ne se limite plus aux simples vols à la tire ; elle prend des formes de plus en plus violentes. Le phénomène glaçant des enlèvements d’enfants, qui plonge les familles dans une psychose permanente, témoigne d’une perte de repères moraux et d’une faillite de la protection de l’enfance. Le sentiment d’impunité qui accompagne souvent ces actes renforce l’idée d’un État dont le maillage sécuritaire s’effiloche.
À cette insécurité physique s’ajoute une insécurité financière étouffante. La « rareté de l’argent », expression désormais banale dans les marchés et les bureaux, traduit une crise de liquidité qui grippe l’économie réelle. Le panier de la ménagère est devenu un champ de bataille où chaque franc CFA compte. Cette précarité est exacerbée par des pénuries récurrentes de produits de première nécessité, au premier rang desquels le gaz domestique. Voir des files interminables de citoyens, bouteilles vides à la main, attendre sous un soleil de plomb pour un service de base, est devenu une image symptomatique d’une logistique nationale défaillante.
Le secteur de l’éducation, pilier de l’avenir, n’est pas épargné. La grève des enseignants du supérieur et le mouvement persistant des enseignants du secondaire (souvent regroupés sous le cri de ralliement « On a Trop Supporté ») révèlent un malaise structurel. Lorsque les formateurs de la jeunesse sont contraints de déserter les amphithéâtres pour réclamer des droits élémentaires et des conditions de vie décentes, c’est toute la chaîne de transmission du savoir qui vacille. Le dialogue social semble rompu, laissant les étudiants dans une incertitude pédagogique délétère.

L’environnement urbain, quant à lui, renvoie une image de dégradation constante. Le problème des poubelles et de l’insalubrité est devenu une urgence de santé publique. À Yaoundé comme à Douala, les montagnes d’ordures jonchent les rues, dégageant des odeurs méphitiques et obstruant les drains. Cette gestion approximative des déchets trouve un écho tragique dans l’état des infrastructures routières. Les routes, parsemées de nids-de-poule qui se transforment en véritables crevasses, ralentissent non seulement le transport des marchandises mais coûtent aussi de nombreuses vies chaque année. Le voyageur, qu’il soit sur les axes lourds ou dans les quartiers, doit composer avec un réseau routier en lambeaux.
Comme si ces défis humains ne suffisaient pas, la nature semble désormais s’inviter dans la danse des malheurs. Les inondations récentes à Douala ont montré la vulnérabilité extrême de la capitale économique face aux caprices du climat. Des quartiers entiers se sont retrouvés sous les eaux, emportant les biens de citoyens déjà fragilisés par la crise économique. Ces inondations ne sont pas seulement le fait d’une pluviométrie exceptionnelle ; elles sont le résultat d’une urbanisation anarchique et d’une absence de systèmes d’évacuation adéquats. Le citoyen se retrouve ainsi pris en étau entre une administration qui tarde à anticiper et une nature qui ne pardonne plus.
Sur le plan sociétal, de nouveaux débats émergent et cristallisent les tensions. La question de la montée de l’homosexualité, souvent perçue par une grande partie de la population comme une influence exogène en rupture avec les valeurs locales, anime les discussions et les médias. Ce sujet, sensible et complexe, s’ajoute à la liste des points de friction qui divisent l’opinion publique, détournant parfois l’attention des problèmes de gouvernance plus profonds, tout en reflétant une crise identitaire et morale latente.
En définitive, vivre au Cameroun aujourd’hui, c’est naviguer dans un océan de paradoxes. Comment un pays si riche en ressources et en talents peut-il paraître aussi démuni face à la gestion de ses déchets ou à l’entretien de ses routes ? Comment expliquer que dans une nation qui aspire à l’émergence, l’accès au gaz ou à l’argent liquide relève du parcours du combattant ? Le quotidien des Camerounais est devenu un exercice d’équilibriste permanent. Si la résilience est une vertu, elle ne saurait constituer une politique publique. La multiplication de ces maux (qu’ils soient sécuritaires, économiques, sociaux ou environnementaux) exige plus que de simples mesures cosmétiques. C’est une véritable introspection nationale qui s’impose, pour que le « vivre-ensemble » ne soit plus un slogan, mais une réalité palpable dans un environnement sain, sûr et prospère.
Oscar Abessolo

GIPHY App Key not set. Please check settings