Alors que les travaux de réhabilitation s’intensifient sur le corridor Douala-N’Djamena-Bangui, le carrefour Awae Escalier offre un spectacle pour le moins déconcertant. Ce point névralgique, situé à l’entrée de l’axe Awae-Mfou, a subi une mutation fulgurante : en l’espace de quelques semaines, le bitume fraîchement posé a été investi par un marché informel géant sur une cinquantaine de mètres. Entre étals de fortune et engins de chantier, le commerce dicte désormais sa loi, au mépris des règles de sécurité et de l’autorité municipale au regard “impuissant”.

Le corridor Douala-N’Djamena-Bangui est l’une des artères économiques les plus vitales de l’Afrique centrale. Chaque jour, des centaines de poids lourds y transitent pour ravitailler les pays de l’hinterland. C’est précisément sur ce tronçon, au niveau d’Awae Escalier, qu’une situation inédite s’est installée. Profitant de la fermeture partielle du carrefour pour des travaux de réhabilitation, une foule de commerçants a pris possession des lieux. Ce qui devait être une zone de chantier strictement balisée est devenu un carrefour commercial bouillonnant, illustrant ce que certains appellent avec amertume « l’ingéniosité camerounaise ».
Sur le bitume encore noir de sa fraîcheur, l’inventaire est hétéroclite. La vente de vêtements à la sauvette côtoie des pyramides de denrées alimentaires, tandis que des marchandises diverses s’étalent à même le sol, parfois à quelques centimètres seulement des roues des engins de la société en charge des travaux. Les conducteurs de mototaxis, habitués à l’anarchie urbaine, se sont rapidement adaptés à cette nouvelle configuration, se faufilant entre les clients et les tas de gravats. L’espace public, censé être sanctuarisé pour le développement de l’infrastructure, est ici littéralement privatisé par le secteur informel.

Ce qui interpelle le plus dans ce désordre organisé, c’est le mutisme des autorités compétentes. Les services de la Mairie, tout comme les forces de l’ordre, semblent observer la situation de loin, sans intervenir. Cet acte d’incivisme manifeste soulève des interrogations sur la capacité de l’État à faire respecter l’ordre sur des sites sensibles. Le site est pourtant balisé, et les risques d’accidents sont démultipliés par la cohabitation forcée entre les piétons, les commerçants et les machines lourdes. La sécurité est reléguée au second plan derrière l’opportunisme commercial.
L’expérience passée dans d’autres zones urbaines du Cameroun justifie l’inquiétude des observateurs. On se souvient des difficultés herculéennes rencontrées par les autorités pour extraire les « Bayam-Salam », les marchés spontanés ou les bacs à ordures des sites temporairement occupés. Une fois qu’une activité commerciale s’enracine sur un espace, son déguerpissement devient un défi social et politique majeur. En laissant s’installer ce marché périodique sauvage, les autorités créent un précédent dangereux qui compliquera inévitablement la livraison finale des travaux et la fluidité future du trafic.

L’impact économique sur le tissu local ne doit pas être négligé. Ce marché de circonstance à Awae Escalier vide les espaces commerciaux officiels situés aux alentours. Les commerçants installés légalement dans les marchés structurés, qui s’acquittent de taxes et de loyers, voient leurs bénéfices fondre face à cette concurrence déloyale qui bénéficie de la visibilité gratuite de l’axe routier. Si le besoin de survie des populations est une réalité, il ne saurait justifier l’occupation anarchique du domaine public, surtout au détriment de la sécurité routière et de l’économie formelle. Il est urgent que les autorités reprennent la main pour que le progrès infrastructurel ne soit pas étouffé par le désordre urbain.
Oscar Abessolo

GIPHY App Key not set. Please check settings