L’organe présidé par le Pr James Mouangue Kobila, a rendu public, le 3 novembre 2025, un communiqué détaillant ses observations et propositions suite aux événements violents survenus dans plusieurs villes du pays aux lendemains du scrutin présidentiel du 12 octobre 2025. Il ressort que loin d’être de simples manifestations pacifiques, les actes observés représentent selon une forme d’émeute et d’insurrection armée ayant conduit à des destructions massives de biens publics et privés. La CDHC rappelle avec fermeté que toute contestation violente s’exclut du cadre démocratique et porte une atteinte profonde à la Constitution ainsi qu’aux fondements mêmes de la coexistence pacifique au sein de la nation.

Dans son analyse, la Commission a dressé un constat alarmant des dégradations perpétrées. Les individus impliqués ne pouvaient être qualifiés de manifestants pacifiques, mais plutôt d’émeutiers et d’insurgés armés, responsables d’incendies criminels, de pillages délibérés et de destructions systématiques. Les cibles ont été multiples, allant d’édifices publics essentiels tels que les tribunaux et établissements scolaires, à des infrastructures privées, incluant des résidences de personnalités reconnues, des espaces commerciaux dynamisant l’économie locale, des stations-service devenues cibles stratégiques, et des établissements bancaires symbolisant la stabilité financière. Cette escalade de la violence jette une ombre sombre sur le processus démocratique et met gravement en péril la sécurité et le bien-être des citoyens.
La CDHC a tenu à souligner que la légitimité de toute contestation électorale ou politique réside dans le respect des voies légales et démocratiques. La violence, sous toutes ses formes, est intrinsèquement contraire aux principes constitutionnels et aux valeurs fondamentales qui cimentent la paix civile. Elle corrompt le débat public, discrédite les aspirations légitimes et ouvre la porte à l’instabilité généralisée, rendant impossible la construction d’une société égalitaire et prospère. Chaque acte de violence commis effrite la confiance entre les citoyens et les institutions, et dilue la portée des combats pour la justice et le progrès social.

Face à cette tournure des événements, la Commission a tenu à reconnaître et à saluer l’engagement des autorités administratives qui se sont déployées sur le terrain afin d’établir un dialogue avec les populations affectées. Cette démarche, visant à apaiser les tensions et à rétablir le dialogue, est cruciale pour désamorcer les conflits latents et reconstruire le tissu social. Parallèlement, la CDHC a tenu à exprimer sa satisfaction quant à l’approche adoptée par les forces de défense et de sécurité. Celles-ci ont fait preuve d’une grande retenue et d’une méthode pédagogique dans leur mission de maintien de l’ordre, privilégiant la prévention des dérapages et une communication claire et transparente avec les administrés. Cette approche mesurée, axée sur la désescalade, est le gage d’une application du droit dans le respect des libertés fondamentales.
Dans cette optique, la Commission encourage vivement les forces de défense et de sécurité à pérenniser cette orientation. Elle insiste sur l’impératif de maintenir, en toutes circonstances, un strict respect du principe de proportionnalité dans l’usage de la force. Cette exigence, conforme aux standards nationaux et internationaux les plus élevés, est essentielle pour garantir que les mesures de sécurité ne soient pas source d’abus ou de violations des droits humains, préservant ainsi la dignité de chaque individu, même dans les contextes les plus tendus.

Concernant le volet judiciaire, la CDHC formule des recommandations précises aux autorités compétentes. Il est impératif que, dans le cadre des poursuites judiciaires déjà engagées, le respect scrupuleux des Droits de la défense soit garanti. Le principe d’un procès équitable, pierre angulaire d’un État de droit, doit prévaloir, en pleine conformité avec les dispositions de la Constitution camerounaise et les engagements internationaux souscrits par le pays. De surcroît, la Commission recommande que toutes les personnes contre lesquelles les charges demeurent manifestement faibles ou insuffisamment étayées fassent l’objet d’une libération rapide. Cette démarche, conducted dans le respect des garanties légales, vise à éviter toute détention arbitraire et à alléger la pression sur le système pénitentiaire. Il est également recommandé d’améliorer substantiellement les conditions de détention actuelles, qui doivent répondre aux normes humaines internationales.
Afin de rétablir un climat de confiance et de sérénité, la Commission exhorte les populations à un rejet ferme et catégorique des discours de haine, de vengeance ou de division, quelle que soit leur origine. Elle appelle instamment à privilégier la voie du dialogue, de la paix et de la cohésion nationale, seules garantes d’un avenir stable et prospère. La CDHC salue par ailleurs l’action de toutes celles et de tous ceux qui, par des actes ou des paroles, contribuent activement à prévenir les violences, les destructions et les pillages. Elle réaffirme avec conviction que la paix civile représente la condition première et indispensable à l’exercice effectif de tous les Droits de l’homme, sans lesquels aucune société ne saurait prétendre à la légitimité démocratique ni au progrès.

Enfin, la Commission a tenu à exprimer sa profonde consternation face à certaines déclarations émanant d’acteurs internationaux et transnationaux. Ces prises de position, qui ne semblent pas tenir compte de la gravité des violences observées et qualifient à tort d’actes pacifiques des actions destructrices, invitent le Cameroun à « respecter la liberté de manifestation pacifique ». La CDHC rappelle avec véhémence que la liberté de réunion pacifique, principe fondamental dans une démocratie, ne saurait en aucun cas servir de prétexte ou de couverture à la sédition, à la violence, à la destruction des biens, aussi bien publics que privés, ou encore à l’atteinte à la vie humaine. Ces actes contredisent la nature même d’une manifestation pacifique et relèvent de la criminalité.
Dans le même élan, la Commission rappelle avec la plus haute fermeté que toute tentative de changement anticonstitutionnel de gouvernement constitue une violation flagrante et inacceptable de l’article 23 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, instrument que le Cameroun a ratifié en 2012. Cet article stipule clairement que « tout coup d’État ou toute tentative de renversement illégal d’un gouvernement démocratiquement élu est strictement prohibé et sanctionné ». La Commission rappelle également que l’Union africaine, à travers les décisions de son Conseil de Paix et de Sécurité et ses déclarations officielles, réitère sans cesse son opposition catégorique à toute action visant à compromettre l’ordre constitutionnel et à porter atteinte à la légitimité des institutions démocratiques. Dans ce contexte, les violences post-électorales observées, susceptibles de perturber le fonctionnement normal des institutions et l’exercice des Droits fondamentaux des citoyens, constituent non seulement une violation caractérisée de l’ordre juridique national, mais également une atteinte grave aux principes de gouvernance démocratique et à la stabilité régionale.
Oscar Abessolo


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