Dans sa déclaration du 1er octobre 2026 marquant la 36e Journée Internationale des Personnes Âgées, la Commission des Droits de l’Homme du Cameroun frappe fort. Si elle salue le thème “L’ère de la longévité : repenser les systèmes pour vivre plus longtemps”, la CDHC pointe une réalité brutale : la corruption et les détournements de biens publics compromettent directement les droits des aînés en les privant de soins et de leurs pensions de retraite.

La Commission des Droits de l’Homme du Cameroun a choisi de ne pas faire dans la langue de bois. Pour la 36e édition de la Journée Internationale des Personnes Âgées, elle livre un plaidoyer qui va bien au-delà de la célébration.
La CDHC rappelle d’abord l’enjeu : le vieillissement accéléré et l’allongement de l’espérance de vie sont des transformations majeures qui exigent une adaptation structurelle des politiques publiques, de la protection sociale et de l’offre de soins. Le thème de cette année doit, selon elle, pousser les gouvernements à faire en sorte que les avancées médicales se traduisent par des années de vie supplémentaires dans la dignité, la bonne santé et l’autonomie.
La corruption comme violation directe des droits des aînés
C’est le cœur du réquisitoire de la Commission. La CDHC souligne avec force que la corruption et les détournements de biens publics ne sont pas de simples dysfonctionnements administratifs, mais des atteintes directes aux droits humains des personnes âgées. En réduisant les ressources affectées aux infrastructures de santé et de protection sociale, ces pratiques limitent la disponibilité et la qualité des soins offerts aux plus de 60 ans. La Commission reste d’ailleurs profondément préoccupée par l’insuffisante adaptation des équipements et des compétences de certaines formations sanitaires aux besoins spécifiques des aînés en matière de prévention, de maladies chroniques, de soins palliatifs et de suivi de proximité.

Mais le constat le plus accablant porte sur la corruption du quotidien. La CDHC dénonce cette “corruption de guichet” qui conditionne l’accès aux soins de base ou le bénéfice légitime d’une pension de retraite à des exigences de passe-droits ou de paiements indus. Une pratique qui, selon la Commission, exclut les aînés les plus démunis des services essentiels et accentue dramatiquement leur vulnérabilité liée à l’âge.
Un plaidoyer qui salue les efforts mais exige des actes
La Commission ne jette pas tout. Elle salue les efforts constants des pouvoirs publics, à l’image du Forum communautaire de plaidoyer organisé le 7 avril 2026 à Yaoundé sous le patronage du MINSANTÉ et la coordination du Dr Laure Ciaffi, dans le cadre du projet interpays VIHeillir lancé en 2020 au Cameroun et au Sénégal. Un forum qui a préconisé l’intégration des personnes âgées, y compris celles vivant avec le VIH, dans la Couverture Santé Universelle et la création de paquets de soins subventionnés.
Pour transformer ces propositions en réalité, la CDHC adresse des recommandations précises. Elle demande au MINSANTÉ, au MINAS et au MINTSS d’accélérer l’intégration dans la CSU d’un panier de soins adapté garantissant dépistage des maladies chroniques, santé mentale et soins palliatifs de proximité.
Elle interpelle également le MINPOSTEL, l’ANTIC et le MINAS pour élaborer un plan national d’inclusion numérique des aînés, avec des interfaces simplifiées et une lutte contre les arnaques en ligne, tout en maintenant impérativement des guichets physiques et un accompagnement humain pour que le tout-numérique ne devienne pas une nouvelle forme d’exclusion.
Enfin, elle réitère son appel au MINJEC et au MINAS de valoriser l’expérience des aînés à travers le “Projet Volontariat Sénior”. Par cette sortie, la CDHC rappelle une évidence trop souvent oubliée : protéger les aînés de la corruption, c’est protéger leur droit le plus fondamental à vivre leurs dernières années dans la dignité.
Oscar Abessolo

GIPHY App Key not set. Please check settings